Appelle-moi par ton nom (de ParisDude)

Titre : Appelle-moi par ton nom
Auteur : André Aciman
Publié par : Grasset
Publié le : 7 février 2018
Genre(s): Amour
Pages : 322
Lu par : ParisDude
Sensualité : 3 flammes sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

Elio Perlman se souvient de l’été de ses 17 ans, à la fin des années quatre-vingt. Comme tous les ans, ses parents accueillent dans leur maison sur la côte italienne un jeune universitaire censé assister le père d’Elio, éminent professeur de littérature. Cette année l’invité sera Oliver, dont le charme et l’intelligence sautent aux yeux de tous. Au fil des jours qui passent au bord de la piscine, sur le court de tennis et à table où l’on se laisse aller à des joutes verbales enflammées, Elio se sent de plus en plus attiré par Oliver, tout en séduisant Marzia, la voisine. L’adolescent et le jeune professeur de philosophie s’apprivoisent et se fuient tour à tour, puis la confusion cède la place au désir et à la passion. Quand l’été se termine, Oliver repart aux États-Unis, et le père d’Elio lui fait savoir qu’il est loin de désapprouver cette relation singulière…

Quinze ans plus tard, Elio rend visite à Oliver en Nouvelle-Angleterre. Il est nerveux à l’idée de rencontrer la femme et les enfants de ce dernier, mais les deux hommes comprennent finalement que la mémoire transforme tout, même l’histoire d’un premier grand amour. Quelques années plus tard, ils se rendent ensemble à la maison en Italie où ils se sont aimés et évoquent la mémoire du père d’Elio, décédé depuis.

« Appelle-moi par ton nom » est un roman d’amour singulier tout autant qu’une réflexion sur la mémoire et l’oubli. La langue à la fois précise et sensuelle d’André Aciman parvient à évoquer la tyrannie des corps – mais aussi la part de brutalité qui se niche dans tout éveil au sentiment amoureux – avec une élégance rare.

Ce roman, devenu culte dans le monde anglo-saxon à l’instar de « Brokeback Mountain », est adapté au cinéma par Luca Guadagnino (sortie française le 28 février 2018). « Call me by your name » est donné comme l’un des favoris pour les oscars.

Le titre original de ce livre, citation d’une scène clé, est Call Me by Your Name. Initialement, il a été publié en 2008 en français sous le titre Plus tard ou jamais (on se demande vraiment pourquoi ce titre), mais après la sortie du film, il a été ré-édité sous la traduction plus correcte et plus parlante de Appelle-moi par ton nom.

Ce roman a été l’un de mes coups de cœur majeurs des dernières années, un livre qui m’a vraiment profondément touché, qui m’a hanté pendant plusieurs jours, et que je vais sûrement relire plus tard avec toujours autant de plaisir. Ce n’est pas tant l’histoire en elle-même qui m’a charmé, captivé, subjugué ; c’est l’écriture toute en finesse, toute en poésie, toute en suspens, en fragilité. André Aciman est un excellent narrateur qui a le sens du rythme, jouant habilement avec les accélérations, les décélérations, offrant plusieurs niveaux de lecture et d’analyse. Il sait conter comme peu d’autres les émotions, les sensations, les sentiments avec des formulations simples, mais tellement justes. Oui, en effet, ça faisait un moment qu’un livre ne m’avait pas touché autant.

L’intrigue est assez vite racontée. Nous entrons dans l’univers du jeune narrateur, Elio Perlman, qui nous raconte ses souvenirs de l’été 1987. Il est âgé de dix-sept ans à cette époque-là et vit en Italie avec ses parents, tous les deux des intellectuels. Ils accueillent tous les ans un doctorant américain, au grand dam d’Elio, qui doit à chaque fois céder sa chambre au nouvel arrivant. L’invité de cet été-là s’appelle Oliver. C’est un jeune homme insouciant, détaché, ouvert mais un peu distant, ce qui fait un joli contraste avec le caractère introverti d’Elio. Malgré cela, il se propose de lui servir de guide touristique et tente par plusieurs moyens de l’impressionner, ce qu’Oliver accueille avec indifférence. Bien qu’Elio reconnaisse être bisexuel et s’avoue rapidement son attirance pour Oliver, il doute que celui-ci ait des sentiments semblables pour lui.

Un jour, Elio prend son courage à deux mains et avoue à Oliver qu’il se sent attiré par lui. S’ensuit un baiser à un endroit où Claude Monet aurait peint certaines de ses peintures. Mais quand Elio essaie de mener leur rapprochement physique plus loin, Oliver le repousse. Les deux s’éloignent l’un de l’autre dans les jours suivants. Elio commence une liaison avec Marzia, une fille locale de son âge. En quête de réconciliation, Elio glisse un message sous la porte de la chambre d’Oliver, lui proposant de se voir à minuit. Il se rend chez Oliver à l’heure dite, et les deux consomment leur amour. N’empêche qu’Elio poursuit aussi sa relation avec Marzia, elle aussi bientôt consommée. S’ensuivent encore d’autres retournements de situation, avec un romantique séjour à Rome, puis le départ d’Oliver. Le roman se poursuit jusqu’au présent du narrateur, quelques vingt ans plus tard, sans jamais se conclure par un « ils vécurent heureux… », qui aurait, de toute façon, sonné faux dans le contexte de l’intrigue et lui aurait enlevé beaucoup de son charme nostalgique.

Beaucoup d’encre a coulé pour discuter les différentes strates de ce roman, les niveaux de lecture possibles, les sous-entendus. Certains critiques sont allés très loin dans leurs analyses savantes. Ce n’est pas mon but. Je voudrais juste insister sur l’utilisation si habile du langage pour parler de désir (multiple, on pourrait presque dire pansexuel), d’amour, de nostalgie, de remords, de sentiments languissants. C’était époustouflant en anglais (je l’ai lu bien avant qu’il ne soit question d’en faire un film), et la traduction est à la hauteur. En lisant ce roman, je ne suis pas resté spectateur, j’ai été Elio, j’ai senti l’été italien avec ses odeurs, ses promesses, ses espoirs. Je senti la confusion du jeune, j’ai été moi aussi attiré par Oliver, j’ai moi aussi voulu l’embrasser, l’enlacer, le garder pour moi à toujours. L’écriture d’Aciman crée tout un univers inoubliable. Le livre ne parle pas forcément d’un premier amour homosexuel ou bisexuel, mais des tourments que l’on peut ressentir quand on est jeune ainsi que la part tourmentée que l’on peut porter avec soi jusqu’à l’âge adulte. Le film de James Ivory est très joli, certes (c’est du Ivory, quand même), mais je pense que seule l’écriture (ou la musique) arrive à toucher des endroits aussi profonds, aussi sensibles en nous. Je ne peux que vous recommander – vivement – de lire ce roman (il est disponible en livre broché, livre de poche, livre audio et livre électronique, alors vous avez vraiment l’embarras du choix).

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Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Gay Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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