Emprise (de ParisDude)


Auteur : Emy Bloom
Titre : Emprise
Publié par : Homoromance Éditions
Publié le : 31 août 2020
Genre(s) : Littérature, relation toxique, violence conjugale
Pages : 156
Lu par : ParisDude
Sensualité : 1 flamme sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

Raphaël a tout pour être heureux. Il vit un vrai conte de fée… Grâce à son compagnon, il a une existence que beaucoup rêvent d’avoir. Mathieu lui a offert de vivre de sa passion, dans un cadre idyllique, dans un somptueux appartement avec vue sur la mer. Il lui a offert un environnement et un entourage qui le tirent vers le haut. Oui, selon les autres, Raphaël a une vie de rêve. Mais la réalité est bien différente. Quand les portes se ferment, qu’il n’y a plus de témoin, ce qui a débuté comme un rêve est devenu un cauchemar. Sans s’en rendre compte, Raphaël est tombé dans le piège abyssal de son prédateur qui ne voyait à travers lui qu’une proie… Mais qui pourrait le croire, comprendre ce mal être qui le ronge ? Peut-être Michael… Cet ami perdu de vue il y a cinq ans qu’il recroise par hasard… Peut-être. Mais pour se sauver de cette relation qui le tue à petit feu, la seule personne qui pourrait sortir Raphaël des griffes de son compagnon, c’est lui-même. Raphaël sera-t-il capable de sortir de cette… Emprise ?

Vu de l’extérieur, Raphaël a de la chance. Il est jeune – la vingtaine finissante –, joli, pas tombé sur la tête, cultivé, il a un boulot qui le comble et que beaucoup lui envieraient (il corrige des romans en travaillant à la maison), il a la Méditerranée devant la porte, habitant Cannes… et il a un compagnon, Mathieu, fringant professeur de philosophie dans une école privée, de quelques années son aîné, qui l’aime et qui le soutient. Mais les apparences sont trompeuses. En fait, Raphaël va très mal, et personne ne le sait. Personne ne doit même le savoir tellement sa vraie vie ne colle pas à l’image qu’il projette. Il a un grand problème, et ce problème se prénomme… Mathieu, justement.

Les deux jeunes hommes se sont connus quelques années auparavant – une rencontre presque banale dans un bar –, et ça a fait Tilt tout de suite. Raphaël, frais et insouciant, plaît beaucoup au réservé Mathieu. De même, la classe, l’intelligence, l’assurance et la beauté un peu distante de Mathieu ont vite fait de séduire Raphaël. Certes, ses amis ainsi que sa mère ne trouvent pas Mathieu si génial que ça – il a quelque chose qui ne leur revient pas ; mais ils sont tout de même ravis de voir le volage Raphaël se poser enfin. Ce qu’ils ne soupçonnent même pas, c’est qu’ils ont tout à fait raison de se méfier. Petit à petit, Mathieu, pervers narcissique par excellence, attire son compagnon dans sa toile d’araignée, lui imposant avec douceur (en tout cas initialement) ses points de vue, ses goûts, ses opinions, sa façon de vivre et d’être. Raphaël finit par se couper de tout son entourage, pas assez bien pour lui selon Mathieu ; il quitte le boulot qu’il aime dans une librairie ainsi que son appartement et tombe ainsi complètement sous l’emprise malsaine de son partenaire. Jusqu’à ce que celui-ci lève la main sur lui pour la première (et, hélas, pas la dernière) fois. Oui, Mathieu est porté vers la violence – mentale, verbale et physique –, et bientôt, Raphaël change complètement de caractère, stressé en permanence, angoissé, vivant dans la peur des prochains coups, devenant l’ombre de lui-même, une coquille vide à deux doigts de se briser pour toujours. Jusqu’à ce qu’il rencontre par hasard un des anciens amis, Michael…

Ce n’est pas forcément un roman facile à lire, non pas à cause d’une écriture trop mauvaise – peu de choses à reprocher de ce côté-là ; j’en parlerai juste après –, mais parce que le sujet est sombre et que certaines scènes sont difficiles à supporter (moralement, je veux dire). Commençons par les choses qui m’ont déconcerté dans ce roman, qui a fini dans la sélection du Prix du roman gay 2020 (à juste titre, je tiens à le souligner). Tout d’abord, le livre aurait dû être relu et corrigé. Aucun correcteur n’aurait laissé passer les (trop) nombreuses fautes d’orthographe et de grammaire (notamment les circonflexes font cruellement défaut). Puis, je n’ai pas vraiment goûté l’usage trop prépondérant du plus-que-parfait. Que l’on ne me comprenne pas de travers – le plus-que-parfait est un temps tout à fait honorable et qui a sa justification. Quand il faut passer par lui, eh bien, il faut passer par lui. Sauf… quand on écrit un long flashback comme c’est le cas dans ce livre et que l’on a, du coup, le choix. Là, il conviendrait de l’éviter car il alourdit inutilement la narration. Le roman, pour tout vous dire, débute par la rencontre de Raphaël avec Michael – une scène où Raphaël est donc déjà sous l’emprise de Mathieu, déjà très mal en point. Puis, l’on retourne aux débuts de sa relation avec Mathieu. Cette parenthèse est très bien amenée et bien racontée, le procédé du flashback bien rodé, mais à mon avis, cette partie aurait gagné en lisibilité, en impact si elle avait été racontée tout bêtement au passé simple. Celui-ci fait de brèves apparitions, mais le gros se passe exclusivement au plus-que-parfait. Dommage. Dommage aussi que les dialogues, très présents et importants, ne respirent pas ce que j’appellerais « la parole parlée » ; ils sont un peu trop « écrits » à mon goût.

Malgré tout ça, c’est un très bon roman, un roman en plus fort utile de par le choix du sujet. Preuve que les réflexions qui précèdent ne sont, somme toute, que du pinaillage de ma part, j’ai tourné les pages de façon fébrile, complètement sous l’emprise de l’intrigue (désolé, mon but n’est pas de faire une allusion facile au titre de l’ouvrage, mais « emprise » est le mot qui s’impose). Je voulais absolument savoir la suite, allez, encore une page, allez, encore un chapitre, mon Dieu, il est déjà tard, faudrait que je pense à faire dodo, mais encore quelques paragraphes… Oui, ce livre, qui raconte une histoire sombre et douloureuse, m’a tenu en haleine presque mieux qu’un quelconque thriller. Sûrement parce que tout est limpide, les choses même les plus dures à lire s’enclenchent naturellement, l’écriture mène de façon sûre, sans excès de fioritures, tout le récit à bon port. Oui, sans vouloir révéler trop, la fin, si elle n’est peut-être pas rose bonbon, laisse entr’apercevoir autre chose que du noir corbeau. Il y a de la rédemption, il y a de l’espoir, il y a un début de guérison, il y a même l’amour qui pointe le bout de son nez (bon, d’aucuns diront que cette étape que l’on voit venir de loin est un peu téléphoné ; n’empêche, j’ai quand même bien aimé).

Pour en arriver là, je suis néanmoins passé par toutes les affres, toutes les douleurs de Raphaël. Psychologiquement bien expliqué, sans jugement, sans jeter l’opprobre sur la victime surtout, le processus d’une personne qui tombe sous l’emprise d’un partenaire violent montre que Raphaël, ça pourrait être n’importe qui parmi nous, homme ou femme. Il suffit d’un bourreau (souvent ancienne victime, mais pas que) très habile, et puis le cauchemar a toutes les chances d’être déclenché… Ça passe par des modes d’action qui paraissent anodins au début, ridiculisation, dénigrement, humiliation, soumission par la force, le tout en maniant la carotte – tendresse et amour ne sont pas absents – et le bâton. Jusqu’à ce que la victime se trouve dans l’incapacité de réagir, de peur que cet amour qui commence à paraître essentiel, soit retiré d’abord ; de peur d’être violenté ensuite. Le livre met aussi l’accent sur l’importance de l’entourage et combien c’est important (vu le nombre de victimes tués, je dirais même vital) de ne pas fermer les yeux lorsque l’on se rend compte que quelqu’un est victime de violences conjugales. Ça peut arriver à tous, dans tous les milieux, dans toutes les situations, dans tous les couples, et au vu des statistiques que l’auteure donne à la fin du livre (et qui font froid au dos), nous tous devons rester vigilants.

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Exemplaire lu

L’auteure nous a fourni un exemplaire gratuit de Emprise pour que nous puissions vous livrer une critique honnête et sincère.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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