Mountain Climbing in Sheridan Square (de ParisDude)


Titre : Mountain Climbing in Sheridan Square
Auteur : Stan Leventhal
Éditeur : ReQueered Tales
Date de parution : 17 mars 2020 (première édition 1988)
Genre(s) : Littérature
Pages : 196
Lu par : ParisDude
Lu en VO : Anglais (américain)
Sensualité : 0 flamme sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

A series of discrete episodes among friends provide snapshots of one gay man’s life. There are parties, concerts, dinners with everyday life – and death – interwoven in the rich story-telling. An actress, a painter, a set designer, a writer – all sweating and surviving in Manhattan, all scoring their first successes. Part autobiography and part documentary, artfully written, it details the lives of these creative people. Young and professional, they know there is more to life than money. There is trust and the sort of love that trades in deeds of kindness.

Leventhal’s debut novel was welcomed warmly garnering a Lambda Literary Awards Finalist in 1988, this new edition features a 2020 foreword by Christopher Bram.

Quand j’y pense, c’est drôle de se dire que, probablement, les blogueurs ignorent que leur technique d’écriture – le texte court, facile à lire, rapide à « consommer », et qui se concentre sur un sujet particulier – n’est pas du tout nouvelle. Je pense immédiatement à La Ruche (La colmenta) du prix Nobel Camilo José Cela, roman publié en 1950, que j’ai toujours voulu lire (j’ai essayé en espagnol, mais hélas, le projet était d’emblée voué à l’échec vu les restes rudimentaires et rouillés de cette langue dans ma tête). Ce roman de Stan Leventhal est un autre exemple de cette façon d’écrire un texte comme une suite d’articles de blog, de manière habile et agréable – et ce des années avant la création du premier blog. Leventhal a en plus eu la bonne idée d’écrire en anglais, ce dont je suis extrêmement reconnaissant.

Quand on examine ce livre objectivement et extérieurement, on pourrait penser qu’il se présente en parfait désordre, en méli-mélo de morceaux et de fragments apparemment sans rapport entre eux, un livre où la structure défie et chronologie et logique. En conséquence, cela devrait être un livre illisible. Mais ce n’est pas le cas. En fait, il y a une personne qui tient les ficelles, qui fait en sorte que ça fonctionne, que ça ne s’effrite pas, que ça ne parte pas dans tous les sens, et qui imprègne tout l’ouvrage d’une logique qui lui est propre. Cette personne est… l’auteur, qui s’avère d’ailleurs être aussi le personnage principal du livre, du moins je le suppose. Aucun nom n’est mentionné, le livre est raconté à la première personne. Mais la voix du narrateur (et donc de l’auteur) est si convaincante, son histoire si intrigante, le rythme si bien équilibré, l’écriture si limpide et agréable que je n’ai pas remarqué les ruptures et les sauts qui pourtant sont bel et bien là, d’une sous-intrigue à la suivante. Tout s’emboîte parfaitement pour créer le panorama d’un lieu, d’un temps, d’un état d’esprit.

Le lieu, c’est New York ; l’époque, le début des années 80 ; l’état d’esprit, celui de jeunes artistes qui peinent à trouver le chemin vers le succès, le bonheur, l’amour. Le narrateur est un auteur-compositeur âgé d’une vingtaine d’années qui va de petit boulot en petit boulot pour gagner sa vie (dans une usine, dans une billetterie de théâtre, dans un magasin de disques, en tant que critique de musique, puis en tant qu’écrivain). Il vit dans un petit appartement à Sheridan Square, observant de sa fenêtre ce qui se passe en bas, méditant sur les gens qu’il voit, sur les rencontres, les amis, la musique, le sida, l’art et les artistes, avec le thème récurrent de ce que les extraterrestres pourraient penser de nous humains (réflexions très drôles). Avec humour et ironie, il retrace les moments importants de la vie de ses amis ainsi que certaines de leurs conversations. Quelques fragments de ses propres histoires d’amour s’entremêlent à ce faisceau de courtes bribes. Il y a d’abord Amos, menteur et tricheur invétéré, qu’il rencontre à la Nouvelle-Orléans et invite à venir vivre avec lui à New York. Il est très amoureux de ce loustic, ou plutôt, me semblait-il, amoureux de l’idée d’être amoureux de lui (ne sommes-nous pas tous passés par là, à cet âge ?). Il se rend finalement compte qu’il n’y a pas d’avenir pour eux deux et le jette dehors. Il rencontre ensuite Mike, un homme doux et timide, avec qui il retrouve enfin l’amour qu’il cherchait depuis tout ce temps.

J’ai vraiment adoré ce roman. Les courts chapitres, chacun abordant un nouveau sujet, étaient faciles à lire, le récit dans sa totalité facile à suivre, malgré le passage « du coq à l’âne » d’un chapitre au suivant ; ainsi, je suis tantôt les réflexions sur les extraterrestres, tantôt une conversation avec un ami, tantôt un petit bout de l’histoire avec Amos, puis un petit bout de l’histoire avec Mike, puis une visite chez le dealer où le narrateur achète son herbe (une drag-queen plus grande que nature qui donne aussi des cours ésotériques), puis encore autre-chose. Si un mauvais écrivain avait tenté de s’attaquer à un livre comme celui-ci, j’aurais été confus après quelques chapitres, mais Leventhal s’en tire sans effort et avec brio. Le narrateur qu’il (re)présente est un jeune homme attachant, gentil et curieux, avec une vision sensée de la vie, l’amour et le reste, si je puis dire. Il essaie d’approcher les choses avec un esprit ouvert, ne se prenant jamais trop au sérieux, poursuivant sa carrière sans être obsédé par la richesse. Il semble être un homme doux et sans préjugés, toujours prêt à se remettre en question, toujours soucieux de comprendre les autres. Un homme que j’aurais vraiment aimé rencontrer – je suis sûr que nous aurions pu discuter de tout et de rien pendant des heures.

Bien sûr, la technique du fragment m’a fait poursuivre la lecture pratiquement sans m’arrêter. Je venais d’apprendre une nouvelle tournure dans l’histoire d’Amos, disons, et bien sûr, je voulais savoir où tout cela mènerait, et ainsi de suite. Très intelligemment fait, très « addictif », en fait. J’ai gloussé, j’étais triste, j’ai été poussé à réfléchir, j’ai été éclairé. Lorsque j’ai fermé le livre, j’étais légèrement déçu qu’il ne soit pas plus long. Ce qui signifie que je recommande vivement ce livre – parfait exemple d’un roman à la fois littéraire, intelligent et divertissant.

Sur Amazon Sur GoodReads

Exemplaire lu

L’éditeur nous a fourni un exemplaire gratuit de Mountain Climbing in Sheridan Square pour que nous puissions vous livrer une critique honnête et sincère. Cette fiche de lecture a été publiée en anglais sur le site Rainbow Book Book Reviews.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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