Pas dire (de ParisDude)

Synopsis

Paris. Période : 1987 – 1992. Sur fond d’épidémie de sida, le narrateur a une histoire avec un garçon de son âge, *******, qui n’assume pas sa sexualité et fait tout pour la rejeter. La relation est violente, intense et cruelle, mais se poursuit malgré la souffrance. Les amis du narrateur, Mathieu et Hervé, tentent de comprendre la nature de cette relation, peut-être de l’en sortir. Hervé est atteint du sida, il est souvent hospitalisé et il en meurt finalement. Le narrateur s’enlise, il essaie de dire les choses, n’y parvient pas correctement. ******* disparaît.

« Pas dire peut-être lu en commençant par le début ou par la fin. Ceux qui préfèrent le sens chronologique d’une histoire peuvent commencer par la fin. L’expérience en sera toute autre. »

Notre avis

Quel étrange livre ! Quel étrange récit ! Quelle étrange écriture… saisissante, envoûtante, grisante ! J’avoue, pour une fois, j’ai du mal à vous livrer un résumé construit, cohérent, linéaire. Par ailleurs, le livre commence par ce conseil : « Du plus récent au plus ancien c’est logique. Commencez par la fin si la chronologie vous est importante. » Recommandation que, si vous me connaissez, vous savez d’emblée que je n’ai pas suivie… Mais je vais essayer de donner tout de même un abrégé de l’intrigue, si tant est que l’on puisse appeler cette histoire ainsi. Dans Pas dire, on suit un narrateur et sa relation toxique et violente avec un homme sans nom – ou plutôt, dont le nom est tu (tel celui de l’infâme Lord Voldemort) et transformé en suite d’astérisques. Les deux, on comprend au fil de l’eau, se connaissent depuis l’école, et le narrateur en est apparemment très épris. C’est une histoire toute en drames, en tension. Car ce deuxième garçon n’assume pas qui il est et accueille sa propre nature avec mépris et haine, qu’il exprime en l’externalisant, en la dirigeant vers le narrateur, entre autres. On suit des hauts (rares) et des bas, poignants, douloureux, qui pour ma part m’ont complètement happés.

C’est que ce livre tient avant tout, vit avant tout avec et par l’écriture. Au premier coup d’œil, le récit se présente de façon décousue, chaotique même. Des bribes, des morceaux, des miettes. On avance de scènette en scènette, pas forcément alignées dans un ordre intelligible, décelable, plutôt au gré des besoins, des urgences, ai-je envie de dire, du narrateur. Lui, il s’attelle à livrer sa vie, petit bout par petit bout, on couchant ses instants vécus sur papier. « Écrire, voilà la seule chose qu’il me reste pour avoir l’avantage sur lui. Cette suffisance me déplaît, mais qu’importe. C’est tout ce qui m’est permis. Si j’oublie personne ne sera là pour se souvenir. » C’est un exercice obsessionnel, avec des avancées, des retours en arrière, des dialogues, des monologues intérieurs, des rencontres, des courses-poursuites dans les rues de Paris.

Et de ce flux de grumeaux d’écriture surgit une ambiance, une atmosphère, un vécu qui m’ont rivé sur mon lit, les mains agrippant mon Kindle, les yeux parcourant les lignes, les paragraphes, la tête emplie d’émotions, de choses ressenties plutôt que réfléchies. Oui, je répète, c’est un étrange ovni que ce livre, dont le style m’a fait penser aux courants de conscience (stream of consciousness) chers aux James Joyce et autres Virginia Woolf. Et pourtant, on est loin de cette technique, à vrai dire ; on est dans un autre registre que l’on pourrait peut-être appeler stream of memories ou stream of lived moments (courant de mémoire, courant de moments vécus). C’est de cette écriture que découle la force captivante de ce livre, qui a été primé, et ce à raison, par le Prix du roman gay 2021 dans la catégorie roman court.

C’est un livre qui ne laisse pas indifférent, et une lecture pas forcément facile et légère, mais enrichissante.

Petite histoire, pour une raison qui me paraît incompréhensible après coup, j’étais persuadé que l’auteur avait mon âge, voire plus d’années encore au compteur. Peut-être à cause de l’époque dans laquelle se situe l’histoire (la fin des années 80 / le début des années 90), peut-être parce que c’est un ouvrage où l’on sent une grande maturité, un travail en profondeur à chaque ligne, chaque paragraphe. J’ai eu la chance de rencontrer Baptiste Thery-Guilbert lors de la remise du prix, vendredi 12 décembre, et j’ai découvert un jeune homme (à peine la vingtaine ?), fort sympathique, un peu gêné (on était deux), un peu timide (on était deux), un peu gauche (on était deux). Ce fun fact n’a aucune importance, aucune influence sur le livre que je présente ici, mais allez savoir pourquoi, j’ai cru nécessaire de vous le livrer quand même.

En tout cas, ceci est un livre que je recommande chaudement. En attendant de découvrir les nombreux livres que cet auteur, je l’espère, nous délivrera à l’avenir.

Infos

Auteur : Baptiste Thery-Guilbert
Titre :
Pas dire
Publié par : 
Annika Parance Éditeur
Publié le : 
11 mai 2021
Genre(s) : 
Relation toxique
Pages : 
59
Disponible en : Ebook & Broché
Lu par : 
ParisDude
Sensualité : 0 flammes sur 5

Note

5 étoiles sur 5

Où acheter

L’auteur nous a fourni un exemplaire gratuit de Pas dire pour que nous puissions vous en livrer une critique honnête et sincère.

2 commentaires sur “Pas dire (de ParisDude)”

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