Élégies en rose (de ParisDude)

Jean-Jacques Ronou, “Élégies en rose”

Auteur : Jean-Jacques Ronou
Titre : Élégies en rose
Publié par : Éditions Textes Gais
Publié le : 29 mai 2020
Genre(s) : Hommage, récit autobiographique
Pages : 216
Lu par : ParisDude
Sensualité : 0 flammes sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

Ce texte entremêlant récit, théâtre et poèmes, n’est pas sans rappeler le terrible et magnifique roman de Jonas Gardell, « N’essuie jamais de larmes sans gants ». On y retrouve la même justesse, le même ton de révolte, et également la même immense tendresse ! Les vers sont beaux, sombres et crus, les parties théâtrales, truculentes.

À travers les destins de héros illustres ou inconnus, l’auteur de ces Élégies en rose nous retrace une petite histoire de l’homophobie ordinaire, ainsi qu’une chronique des années sida. Guy Hocquenghem, Gai Pied, Act Up… sont autant d’acteurs majeurs du milieu homosexuel français, que vous retrouverez entre les pages de cette biographie pas comme les autres. Ce n’est pas un livre militant à proprement parler, mais en tant qu’hommage à la mémoire de ses chers disparus, l’œuvre de Jean-Jacques Ronou s’en rapproche à sa façon.

Si vous aussi vous avez eu vingt ans dans les années 80, que vous avez connu Le Bronx, Le Manhattan ou Le Sept, écouté Sheila ou Patrick Juvet, ce livre ne pourra que vous émouvoir et vous rappeler de lumineux souvenirs comme de plus ténébreux… Mais surtout, il vous touchera en plein cœur, avec sa galerie de personnages plus inattendus et attachants les uns que les autres !
Tan Hagmann

À vrai dire, je ne savais pas à quoi m’attendre en recevant ce livre, qui fait partie de la Sélection du Prix du roman gay 2020, mais la couverture, de facture hellénique, si je ne me trompe pas, ainsi que le titre m’ont tout de suite attirés – Élégies en rose, ça m’a fait penser aux fameuses Élégies de Duino du poète allemand Rainer Maria Rilke. Déjà, après avoir lu le préambule de l’auteur, Jean-Jacques Ronou, j’étais mieux préparé pour ce qui m’attendait (l’on notera que j’aime bien les surprises, mais que j’aime bien savoir où je vais, aussi… eh oui, je suis contradictoire, car humain). Cet ouvrage, comme annoncé dans cette préface, n’est donc pas un roman, mais un recueil de textes en hommage à différentes personnes qui ont toutes, à un moment ou un autre, accompagné et enrichi la vie de l’auteur, né dans les années 60 à Ivry-sur-Seine. Ce recueil est largement autobiographique et m’a séduit et ravi de par la profondeur des points de vue, la simplicité des différents récits, la richesse et diversité des genres proposés, l’énergie et la force des opinions exprimées.

J’ai tout d’abord fait la « connaissance » d’un ami d’enfance de l’auteur, Pierre, camarade de collège, avec qui l’auteur a passé plusieurs séjours à Londres pendant les vacances scolaires. Suit une histoire plus fournie qui, si l’on croit sa courte introduction, est une traduction d’un texte anglais que l’auteur aurait trouvé caché dans un livre (que ce soit vrai ou pas n’a d’ailleurs aucune importance). Histoire déchirante d’une déchéance, d’une solitude, d’une perdition de soi-même au beau milieu des années disco, dans la ville disco en plus, mais loin de son décor folklorique, loin des fêtes si souvent vantées par ceux qui y ont participé. Ensuite, une partie en plusieurs petits chapitres avec, pour thème central, Noël. Et après ça, je tombe… sur des poèmes. Certes, j’avais été prévenu dans le préambule, mais j’ai dû l’oublier, et la surprise fut totale, d’autant plus que les poèmes, chacun décrivant un épisode, une facette de la vie et de la personnalité d’un ami de l’auteur entre-temps fauché par le sida, se sont avérés comme j’aime : droits, sans fioritures, sans opacités inutiles, terre à terre, crus, puissants dans leur franchise. Tout un pan de l’histoire souvent cachée de notre communauté est ainsi mis en lumière par un poète des mots de tous les jours.

Je ne vais pas révéler toutes les autres parties qui constituent cet excellent ouvrage, mais en-dehors de la poésie et des récits autobiographiques, des mini-pièces de théâtre sont également au programme tout comme des espèces de contes (dont celui en hommage à une amie décédée d’un cancer, que j’ai trouvé très émouvant). Ah, ce monsieur a des choses à raconter, malgré son jeune âge (il doit avoir la soixantaine, et ça, aujourd’hui, ce n’est vraiment pas vieux), et les bribes qu’il partage avec nous dans ce livre sont fort bien écrites, bien construites, et très instructives. Jean-Jacques Ronou, dit sa biographie sur amazon, a milité pour la cause homosexuelle au début des années 80, et il en a vu, des amis et des connaissances, succomber au sida dans ces années-là. Il a vu l’émergence d’une nouvelle forme d’homosexualité – celle, ouverte, apaisée, mais apolitique, d’aucuns diraient même apathique, des années 2000, que l’on peut vivre au grand jour dans les grandes villes (disons, à Paris, quoi), mais qui s’avère déjà tout aussi difficile à avouer et montrer partout ailleurs… Il a vu aussi, et il le fait savoir dans ses apartés personnels, que l’homophobie se porte toujours bien, d’une politicienne réac brandissant la bible au sein de l’Assemblée nationale en passant par la manif pour tous (vraiment un drôle de nom pour ce genre de rassemblement pour justement pas tous) jusqu’aux dernières victimes d’actes de violence contre membres de la communauté LGBTQ+… Et ça, ça le révolte, Jean-Jacques Ronou, et il ne s’en cache pas ; non, il lève le poing, ou plutôt la parole, avec verve et force, pour dénoncer et pour réclamer que l’on n’oublie pas, que l’on ne renonce pas à la lutte.

Plus que des appels politiques, ces bouts de texte militant sont plutôt des professions de foi, des rappels utiles que nous ne pouvons pas vivre dans ce monde en nous satisfaisant de notre confortable complaisance. La place que beaucoup d’entre nous, nous occupons aujourd’hui, elle a été obtenue de haute lutte par tous ceux qui nous ont précédés, qui se sont battus, ont souvent souffert, et dont une grande partie n’est plus là pour jouir des fruits de leurs bagarres. Pour que nous ne les oubliions pas, pour que nous n’oubliions pas ce qu’ils ont vécu et ce que nous leur devons, a été écrit ce livre, ou du moins, c’est l’impression que j’en ai retenu. Un texte très fort, que je recommande sans hésitation.

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Exemplaire lu

Un exemplaire gratuit de Élégies en rose. nous a été envoyé par l’auteur.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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