Ma première danse… Entretien avec Ron Naples

J’ai récemment lu le premier roman de Ron Naples, My Last Dance with Auntie Brie (en français, ce serait Ma dernière danse avec Tatie Brie) et publié une critique sur ce site ainsi que sur Gay Book Reviews. Peu de temps après, Ron m’a envoyé un message privé pour me dire qu’il avait été ravi par ma critique ; je lui ai répondu, et de fil en aiguille, nous avons finalement convenu de poursuivre notre conversation amicale sur Skype. Il est maintenant six heures du soir à Paris ; je me suis donc servi un verre de vin rouge en guise d’apéro. Je le sirote quand la connexion est établie.

ParisDude (levant le verre pour trinquer) : Salut, Ron. Ça me fait plaisir de te voir ! Merci d’avoir accepté de discuter avec moi de ton livre.

Ron Naples (lève à son tour la tasse de café qu’il tient dans la main) : Moi aussi, ça me fait plaisir. J’aurais bien pris un verre de vin, moi aussi, mais il n’est que 9 heures du matin, ici. Et c’est définitivement trop tôt pour boire. (Rit)

Nous bavardons un moment, et Ron me met immédiatement à l’aise. Ensuite, il est temps de se lancer dans le sujet principal.

PD : Ron – j’ai lu ta courte biographie sur amazon, et j’ai constaté que tu as exercé plusieurs métiers dans ta vie. J’ai également remarqué autre chose : aucun d’entre eux n’a de lien avec l’écriture ou l’édition. Alors, qu’est-ce qui t’as poussé à écrire ?

RN (hausse les épaules) : J’ai toujours pensé que mon histoire était bonne et qu’il fallait la raconter. Mais essayer de la faire publier, ça m’a intimidé, parce que je sentais que je manquais d’expérience professionnelle en ce qui concerne l’écriture. Du coup, j’ai lu de nombreux livres sur comment écrire et se faire publier. J’ai également continué à vérifier ma grammaire et ma ponctuation en recherchant dans des sources en ligne pendant que j’écrivais. Lorsque j’ai estimé que c’était suffisant abouti, j’ai embauché un éditeur, qui m’a aidé à formater mon manuscrit et le proposer à une maison d’édition.

PD : Ton roman est censé se baser sur tes propres expériences. Dis-moi, dans quelle mesure est-ce qu’il reflète la réalité de ce que tu as vécue ?

RN : Dans une large mesure, vraiment. (Il rit). Tous les personnages de mon livre sont basés sur des personnes existantes. Je suis toujours en contact avec certaines d’entre elles. Tous les endroits existaient pour de vrai, aussi. Quelques-uns existent d’ailleurs toujours. Et les événements, bien que parfois exagérés, se sont réellement produits.

PD : Certaines des drag-queens du livre sont vraiment hilarantes. Je pense notamment à cette phrase fabuleuse : « The best way to get over one man is to get under another! » (ou en français : « Le meilleur moyen de surmonter un mec, c’est de se mettre sous un autre mec ! »). S’agit-il là de citations, ou est-ce que ça fait partie du processus de romancer ton récit, si je puis dire ?

RN : C’est principalement des citations de choses que j’ai entendu des drag-queens dire, au fil des années. J’ai vraiment fait de la percu dans un spectacle de drag-queens à Provincetown, tu sais, ensemble avec mon personnage, Tatie Brie.

PD : D’accord, la majeure partie de ton livre est donc vraie. Mais cette scène du mariage ? (Clin d’oeil). Totalement vraie, elle aussi ? Je veux dire : vraiment ?

RN (rit) : OK, je plaide coupable. Là, j’ai peut-être embelli les choses un peu. Mais je t’ai fait douter, alors pourquoi pas ? En fait, ma sœur a adoré cette scène. C’était une version exagérée de ce qui s’est réellement passé, mais dans mon esprit, ça s’est passé comme ça. Tu ne penses pas que ça ferait une bonne scène dans un film ?

PD : Tout à fait. Euh, maintenant une question plus personnelle. Ta biographie indique que ça fait 37 ans que tu vis avec ton copain Joe. Après vous avoir lu ton roman, je me demande si Joe et ce personnage de cow-boy, Mitch, sont la même personne…

RN : Non. Je suis vraiment tombée amoureux d’un cow-boy quand j’étais à Boston, certes, et nous avons vécu ensemble pendant un moment. Mais j’ai rencontré Joe à San Francisco, des années plus tard. Nous sommes ensemble depuis 1982. (Il hausse les épaules comme s’il voulait dire qu’ils étaient simplement prédestinés à être ensemble). Incroyable pour moi aussi.

PD : Je trouve ça plutôt encourageant. Il nous reste encore du chemin, à moi et à mon copain. J’ai cru comprendre que tu envisageais d’écrire une suite à My Last Dance with Auntie Brie. Peux-tu m’en dire plus ? Cette suite parlera de quoi, au juste ?

RN : Tu as raison à ce sujet. La suite se jouera à San Francisco, et je vais essayer d’aborder toutes mes aventures sur la côte ouest. Il me reste tellement de choses à écrire ; tout ce bon temps que j’ai eu dans les années 80. C’était une époque bien différente avant que le sida ne débarque. J’ai de la chance, d’être encore en vie.

PD : Ça m’a l’air intéressant ! Quand penses-tu qu’il sera publié, ce nouveau livre ?

RN : Eh bien, je dois d’abord l’écrire. (Il rit). En fait, My Last Dance a commencé comme un journal que j’ai écrit à Provincetown, il y a 38 ans. J’ai terminé le premier brouillon en 2015. Il m’a fallu près de quatre ans pour trouver un éditeur, ce qui a été la partie la plus difficile. J’espère que la suite ne sera pas aussi ardue. J’ai commencé à tracer les contours, mais mon objectif principal en ce moment est de promouvoir mon livre actuel.

PD : Bien sûr. Et tu sais quoi ? J’ai vraiment hâte de lire cette suite, alors dépêche-toi ! Maintenant, je suppose que je suis trop curieux, mais as-tu d’autres projets en tant qu’écrivain ?

RN : Non, tu n’es pas trop curieux. (Il sourit, puis réfléchit à ma question). D’autres projets en tant qu’écrivain ? Pas vraiment. Tu sais, j’ai créé un site Web pour mon cabinet de massage, et j’ai récemment lancé un site Web pour ce livre. J’ai écrit des documents pour divers postes que j’ai occupés au fil des ans – des directives, des guides et procédures, etc.

Mon petit ami arrive à ce moment-là et me demande si je veux qu’il commence à préparer le dîner. Je remarque que Ron écoute notre échange en français, presque comme s’il comprenait ce que nous disons.

PD (surpris) : Tu parles français, Ron ?

RN (secoue la tête) : Pas du tout. J’ai suivi un cours au lycée, mais j’ai tout oublié. J’ai envie de visiter Paris pour mon anniversaire en octobre, en revanche.

PD : C’est génial ! Tu sais quoi – on prendra ce verre de vin ensemble, à ce moment-là !

RN (hoche la tête) : Ce serait génial !

PD : Bon, je suppose que tu as du travail. Bonne chance pour My Last Dance with Auntie Brie. Et merci encore de m’avoir accordé de ton temps. Ce fut un réel plaisir de bavarder avec toi !

RN : Pour moi aussi. Merci d’avoir pris le temps de discuter avec moi.

Cet entretien a été mené en anglais. La traduction française est de moi.


À propos de l’auteur

Ron Naples, originaire de New Britain, dans le Connecticut, vit dans la baie de San Francisco avec son copain Joe depuis 37 ans. Dans sa jeunesse, Naples était un batteur professionnel et a joué dans de nombreuses salles de concert. Il a étudié au Berklee College of Music à Boston en 1979, avec une spécialisation en interprétation de jazz, puis au LA Recording Workshop en 1983, avec une spécialisation en ingénierie du son. En 1987, Naples s’est inscrit au Contra Costa College de San Pablo, en Californie, où il a obtenu un diplôme en architecture d’intérieur. Il a travaillé la plus grande partie de sa vie en tant que concepteur de showrooms pour des magasins de meubles. En 2004, il s’est inscrit au National Holistic Institute d’Emeryville, en Californie, où il a obtenu un certificat en massothérapie. Aujourd’hui, il travaille pour différents spas et dirige son cabinet privé à Richmond, en Californie (www.massagebyronn123.com).


Titre : My Last Dance with Auntie Brie
Auteur : Ron Naples
Publié par : MLR Press
Publié le : 19 avril 2019
Genre(s): Coming-out
Pages : 89 000 mots
Lu par : ParisDude
Lu en VO : Anglais (américain)
Sensualité : 2 flammes sur 5
Note : 4.80 étoiles sur 5

Synopsis

“My Last Dance with Auntie Brie”, Ron Naples’ debut novel, is a fictional story based on his coming out experiences in the ’70s. It is a vivid translation of a time when closet doors were nailed shut, but more than a vicissitude, it is also a peek back at the madness of the Disco Era.

Raised an Italian Catholic, Ron escapes his disciplinary family life when he’s introduced to his first gay bar. There he meets Auntie Brie, a drag queen who shapes his destiny. His impending dream of becoming a professional musician is shattered when he is seduced into the gay party arena.

Feel the reverberations of the disco beat as Auntie Brie seduces you on the dance floor. Revisit some of the infamous clubs of the day including NYC’s Studio 54 and escape to the Cape on a summer vacation gone wild with one of Ptown’s most prolific houseboys.

His familiar tour de force reaches even farther with his insight and questions surrounding gay culture. It delineates a 70’s puritan society filled with fear and ignorance which ignited The 1979 March on Washington for Gay and Lesbian Rights to end violence and discrimination based on gender identity and sexual orientation.

“My Last Dance with Auntie Brie” defines an entire gay generation who succumbed to the hedonistic lifestyle of that time which has now become legendary. It carries the universal message of unconditional love and acceptance; we all need somebody to love us just the way we are.

Amazon Page auteur Sur Goodreads

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Gay Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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