Onyx (de ParisDude)

Felice Picano, « Onyx »

Titre : Onyx
Auteur : Felice Picano
Publié par : ReQueered Tales
Publié le : 30 août 2019
Genre(s) : Littérature
Pages : 360
Lu par : ParisDude
Lu en VO : Anglais (américain)
Sensualité : 1 flamme sur 5
Note : 4.80 étoiles sur 5

Synopsis

Ray Henriques has success, love, friendship … but lately it’s not enough. Yet it’s not just Ray who is on a quest for deeper meaning. For Jesse, Ray’s lover of ten years, it is a quest accelerated by his imminent death from AIDS. And for young married father of two Mike Tedesco, it is a search for the heart of masculinity. The sexual exploration which begins when Ray and Mike meet awakens a restlessness in both men, which resoundingly alters their future paths. As Ray’s life begins to draw him increasingly into the future, a future without Jesse, he attempts to tether himself to the here and now with frequent visits to a past where life’s answers seemed simpler and more meaningful. But when Jesse’s fundamentalist Christian mother rolls into town to take charge of her son’s final weeks, he is yanked from his reverie to face an opponent unlike any he has ever known.

Marked by shifting points of view, humor, descriptive brilliance and unexpected revelation, Onyxis a multifaceted exploration of inner lives, motivation, love, and the sometimes hollow center beneath a polished surface.

Publisher’s Note: First published to acclaim in 2001, this new edition features a 2019 foreword by the author.

Je me demande qui a écrit le texte de présentation de ce roman, qui donne malheureusement l’impression que l’on va lire un livre où une mère ressemblant à Cruella d’Enfer affronte un gay qu’elle déteste parce qu’il vit avec son fils et qu’elle rend responsable pour tout ce qui va mal sur cette planète. Pourtant, ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Pour être honnête, il est assez difficile de décrire de quoi il s’agit. Pour ne citer que quelques thèmes abordés : l’amour, bien sûr ; la mort avec ses multiples facettes ; le deuil et les questions « Y a-t-il quelque chose que l’on pourrait appeler ‘le deuil anticipé’ ? » et « Si oui, est-ce que l’on peut gérer et supporter la mort d’un être cher plus facilement ? » ; les souvenirs et ce que l’on en fait ; la résilience ; dire adieu et lâcher prise. De toute évidence, ce n’est pas le « plus gai » des romans (au sens premier du mot) ; et pourtant, il était beaucoup moins pesant et triste que ce à quoi je m’attendais, grâce au style littéraire de l’auteur.

En résumé, le livre parle de Ray Henriques, éditeur de disques de musique classique, et de son petit ami de longue date, Jesse. Nous sommes au début des années 90 ; les deux hommes vivent à New York. Ray travaille à la maison, ce qui lui laisse suffisamment de temps pour s’occuper de Jesse, qui est en train de mourir du sida (la trithérapie n’était pas encore disponible à cette époque-là), ou plutôt, Jesse est en train de s’éteindre petit à petit. Il a fait la paix avec son sort et s’inquiète plus pour son compagnon que pour lui-même. Comme leur vie sexuelle est devenue inexistante, il est heureux quand Ray trouve enfin un nouveau partenaire sexuel (je ne vais pas l’appeler un « amant » car ce mot impliquerait trop d’intimité), le jeune Mike, un dépanneur, hétérosexuel, marié. L’intrigue avance pas à pas, et lorsque Jesse sent la fin approcher, il contacte finalement sa mère, une chrétienne pure et dure, j’ai envie de dire « à l’Américaine », que j’ai perçue comme une force adverse, égocentrique, indifférente, sans amour, mais pétrie de certitudes et d’auto-satisfaction. Quand elle débarque à New York, tout vent debout, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour rendre la vie impossible à son « gendre » Ray et régente les derniers instants de Jesse contre son gré à lui et selon ses propres conceptions à elle (très égoïstement).

Plusieurs intrigues secondaires sont tissées autour de ce récit : le travail de Ray sur la B.O. d’un film indépendant et le succès de celui-ci, succès qui lui ouvre de nouveaux horizons pour l’après-Jesse ; l’amitié entre Ray et J.K., qui se meurt également du sida, avec moins de résilience que Jesse ; le neveu et la nièce de Ray, qu’ils adorent, lui et Jesse, et qui, au début, rappellent les aspects positifs de la vie avec la même force que l’insouciance de Mike, par exemple, le fait. Mais la nièce tombe malade – diagnostic : leucémie – et le garçon se fait tuer dans un accident de voiture peu de temps après la mort de Jesse. Ces deux évènements semblent signaler que tous les ponts sont désormais brûlés, comme dans une sorte de sur-développement d’intrigue, et permettent à Ray de quitter New York « sans bagages » (il faut penser ces guillemets en gras et en gros) et de commencer une nouvelle vie sur la côte ouest. Pour ceux qui pensent que c’est excessif au niveau de l’intrigue, la préface de l’auteur rappelle de manière utile que la vie réelle inflige parfois aux gens des enchaînements d’événements improbables qui, dans un roman, pourraient apparaître comme un peu trop tirés par les cheveux. Et pourtant, ils existent.

Bon, j’ai lu plusieurs autres romans de Felice Picano, et j’ai toujours adoré sa façon de faire avancer ses intrigues et sa façon d’explorer ses personnages ; on pourrait dire que je suis un fan de M. Picano – je le considère et l’apprécie comme quelqu’un qui a accompagné ma vie d’adulte avec son écriture et qui a en partie façonné mes goûts. Onyx ne fait pas exception dans la mesure où je l’ai énormément apprécié. L’auteur fournit des personnages auxquels je peux facilement m’identifier, malgré un thème principal, la mort, que je n’ai pas à affronter tous les jours, fort heureusement. Ce roman est un rappel nécessaire non seulement d’une époque charnière où les gens mouraient par centaines et par milliers – des amis, des amants, des fils et des filles – mais aussi un rappel du fait que la vie est précieuse et fragile et que ce que l’on prend pour le sens de sa vie peut être balayé du jour au lendemain. Parmi les questions posées, il y a celles-ci : la vie est-elle un vide que nous, les humains, sommes invités à combler encore et encore ? De quoi la remplissons-nous ? D’un(e) partenaire ? De notre carrière ? De gamins ? Copains ? Famille ? Comment réagissons-nous lorsque ces « remplissages » nous sont retirés ?

Les personnages, comme mentionné, sont suffisamment étoffés pour que l’on les ressente comme des êtres vivants et réels, même ceux que l’on ne croise que brièvement, comme Mike, par exemple. Là où Ray est peut-être un peu plus difficile à comprendre, lui qui mène sa vie en posant un pied devant l’autre sans trop réfléchir, Jesse est assez facile à saisir et assez facile à aimer (il était mon personnage préféré tout au long du livre, soit dit en passant). L’auteur propose même quelqu’un que l’on peut détester passionnément en créant le personnage de la mère bigote de Jesse – très astucieux parce qu’elle centralisait toute la colère que je ressentais monter en moi au fur et à mesure que je tournais les pages (colère principalement dirigée contre le sida ; donc, dans une certaine mesure, cette mère personnifiait pour moi un exutoire émotionnel absolument nécessaire).

Je suis désolé, en revanche, mais quelques problèmes mineurs que j’ai eus avec ce livre doivent quand même être cités. Comme M. Picano a choisi d’écrire certaines parties du roman dans un langage riche en descriptions, plusieurs des descripteurs me sont apparus comme « trop », c’est-à-dire trop sinueux, trop denses et, par conséquent, quelque peu maladroits. Il y avait aussi de graves problèmes de grammaire que j’étais prêts à attribuer à l’état émotionnel de l’auteur quand il a écrit ce livre (je suppose que M. Picano connaît la différence entre le sujet et l’objet, dans une phrase, et en temps normal ne mélangerait pas I et me ou who et whom ; en tout cas, je ne me souviens pas avoir rencontré de telles erreurs dans ses autres livres). Et un autre point négatif concerne les courts passages écrits en langue étrangère. Malheureusement, ce sont des langues que non seulement je parle (espagnol, par exemple), mais que je parle encore mieux que je parle anglais (français et allemand), et j’ai remarqué que les passages étaient criblés d’erreurs, ce qui a enlevé un peu de crédibilité, je le crains. Je serai absolument franc : si le livre avait été écrit par un auteur moins talentueux, j’aurais été très énervé. En l’état, assez étrangement, j’ai remarqué ces lacunes, mais quand j’ai fermé le livre, je me suis senti… ému. Ému et bouleversé par un livre très solide et très bon.

Amazon Sur Goodreads Page auteur

Exemplaire lu

Un exemplaire gratuit de Onyx nous a été fourni par l’éditeur en VO, en échange d’une critique sincère. Cette fiche de lecture a été publiée en anglais sur le site Rainbow Book Reviews.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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