Carved in Bone (de ParisDude)

Couverture de "Carved in Bone"

Michael Nava, « Carved in Bone »

Titre : Carved in Bone: A Henry Rios Novel (Henry Rios Mystery Series)
Auteur : Michael Nava
Publié par : Persigo Press
Publié le : 1er octobre 2019
Genre(s): Littérature
Pages : 374
Lu par : ParisDude
Lu en VO : Anglais (américain)
Sensualité : 1 flammes sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

November, 1984. Criminal defense lawyer Henry Rios, fresh out of rehab and picking up the pieces of his life, reluctantly accepts work as an insurance claims investigator and is immediately assigned to investigate the apparently accidental death of Bill Ryan. Ryan, part of the great gay migration into San Francisco in the 1970s, has died in his flat of carbon monoxide poisoning from a faulty gas line, his young lover barely surviving.

Rios’s investigation into Ryan’s death—which Rios becomes convinced was no accident—tracks Ryan’s life from his arrival in San Francisco as a terrified 18-year-old to his transformation into a successful businessman. What begins for Rios as the search for the truth about Bill Ryan’s death becomes the search for the meaning of Ryan’s life as the tsunami of AIDS bears down on the gay community.


À l’école, mes professeurs d’allemand, d’anglais et de français insistaient toujours sur la distinction entre la Littérature « sérieuse » (les guillemets sont de moi, la majuscule s’entendait dans la voix des profs) et les autres bouquins, qui à leurs yeux équivalaient à des romans de gare. Dans le meilleur des cas, l’on pouvait se laisser aller à en lire, de ces derniers – une sorte de plaisir coupable, juste acceptable pour se divertir. Pour nous les élèves, leur distinction était facile à retenir : leur Littérature était fade, vieillotte et sans grand intérêt; les « romans de gare », en revanche, étaient un passe-temps amusant et léger si tant est que nous lisions autre chose que les livres du programme scolaire. Bien sûr, étant un passionné de lecture, j’ai par la suite révisé ma mauvaise opinion de ce que mes professeurs considéraient comme de la Littérature « sérieuse », car beaucoup de livres que l’on pourrait mettre dans cette catégorie (essentiellement des livres que nous n’avons jamais étudiés à l’école, allez savoir pourquoi) sont devenus mes meilleurs amis.

Cela étant dit, mes enseignants auraient sans doute mis la plupart des livres discutés sur ce site dans la catégorie « roman de gare », y compris le dernier roman de Michael Nava, Carved in Bone», présenté comme un polar sur amazon. Je ne souscris pas forcément à la distinction de mes professeurs, mais même si je le faisais, je me battrais bec et ongles pour faire reclasser ce livre. Chers lecteurs, c’est certainement un des livres que j’appellerais sans hésitation un roman littéraire, de cette Littérature « sérieuse » évoquée plus haut, et de la meilleure qualité. Apparemment, c’est le neuvième roman qui a comme personnage principal l’avocat Henry Rios. Je dois admettre que c’est la première fois que j’ouvre un livre de Michael Nava – ce ne sera sûrement pas le dernier, ses autres romans rejoignant de ce pas ma liste des livres à lire. N’empêche, je suis plutôt heureux de ne pas avoir connu Henry Rios à travers ses aventures précédentes; cela m’a permis d’approcher à la fois le livre et le personnage principal de manière totalement impartiale et sans idée préconçue.

En fait, le roman contient deux personnages principaux, chacun avec sa propre histoire, les deux distincts au début, puis s’entremêlant rapidement. Il y a le récit à la troisième personne de Bill Ryan, qui alterne de chapitre en chapitre avec l’histoire à la première personne de ce Henry Rios déjà mentionné.

Illinois, juin 1971 : à l’âge de 18 ans, Bill Ryan se fait surprendre par son père alors qu’il est en train de faire une fellation à son meilleur ami. Le père le tabasse puis le jette de la maison. Avec sur lui seulement les quelques vêtements que l’on a lui a prêtés à l’hôpital et une poignée de dollars en poche, Bill prend le bus pour se rendre à San Francisco, où un flamboyant jeune homme nommé Waldo le prend sous ses ailes. Nous suivons les difficultés qu’a Bill pour accepter sa sexualité, nous l’accompagnons lors de sa « première fois », nous apprenons ses relations intermittentes, son succès professionnel, sa recherche d’un petit copain, et ce jusqu’à sa rencontre avec un innocent jeune homme de dix-huit ans, Nick. La première impression de Bill est qu’« aucune ombre ne semblait s’accrocher à lui, aucune histoire de blessures ne le déformait et, en sa présence, Bill avait l’impression qu’il pourrait se débarrasser de ses propres ombres et de ses blessures » ([n]o shadows seemed to cling to him, no history of hurts deformed him and, in his presence, Bill felt as if he could shed his own shadows and hurts ; traduction de moi). Ils se mettent rapidement en couple, et Bill essaie de protéger Nick de la cruauté qu’il prête au monde des adultes, car « ce que ce monde contenait principalement, c’était l’incertitude, la peur, le regret et la perte » ([w]hat mostly comprised [this] world was uncertainty, fear, regret and loss ; traduction de moi).

Le récit de Henry Rios commence en 1984. Le jeune trentenaire vient de sortir d’une cure de désintoxication et tente de remettre sa vie sur les rails. Ce processus inclut de nombreuses réunions avec les Alcooliques Anonymes, des conversations régulières avec son parrain basé à L.A., et beaucoup de remises en question personnelles. Sa carrière d’avocat étant quelque peu compromise depuis qu’il a plongé dans l’alcool, il accepte de travailler à temps partiel pour une grande compagnie d’assurance. La première investigation qu’il doit mener concerne… Bill Ryan, justement. Bill vient de mourir d’une intoxication au monoxyde de carbone dans son appartement, son petit ami Nick survivant à peine, et son assurance-vie, dont Nick est le bénéficiaire, doit maintenant être payée. Henry explore les histoires des deux jeunes hommes tout en essayant de rester sobre, de comprendre et de réparer sa propre vie.

Michael Nava est un conteur extrêmement compétent, doté d’une plume assurée et d’une maîtrise habile de l’écriture. Quelques paragraphes seulement ont suffi pour m’attirer, et j’avoue qu’à la fin du premier chapitre, j’étais en larmes – en partie à cause de l’intrigue, mais en partie aussi parce que les paroles de Nava avaient rouvert de vieilles blessures et des émotions que j’avais cru disparues ou du moins oubliées. J’avoue également que je suis resté extrêmement émotif tout au long de la lecture car, là où le livre ne racontait pas mon histoire (ce qui était le cas en grande partie), il racontait la douloureuse histoire de tant de mes frères et sœurs de la communauté LGBTQ. Nous avons ici une vision perspicace et emphatique des années 70 et 80, et le fait que les événements de cette époque soient liés à des personnages fictifs n’enlève rien au pouvoir du récit, à ses messages généraux ou à ses analyses brillantes, dont certaines peuvent encore s’appliquer pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Par exemple, qu’est-ce que Bill voit lorsqu’il entre dans un bar gay et regarde la clientèle? Permettez-moi de citer (traduction encore de moi) : « Ils posaient comme des statues, au bar et autour du bar, mais leurs regards allaient par ci, par-là dans la pièce, comme autant de poissons rouges faisant des cercles dans leur bocal » (They posed like statues at and around the bar, but their eyes darted wildly back and forth across the room like goldfish swimming circles in a fishbowl). Est-ce que ça ne vous décrit pas assez bien des bars ou des clubs gay d’aujourd’hui ? L’analyse du processus psychologique d’homophobie intériorisée et de haine de soi est un autre excellent exemple de l’écriture de Nava, et encore un élément qui me parle. Il en va de même pour les tentatives presque désespérées de Bill de trouver son petit copain, son Autre (ce qui pour lui n’est rien d’autre qu’une question de vie ou de mort), ou son incapacité à construire autre chose qu’une relation toxique, même avec quelqu’un comme Nick, qu’il aime plus que tout au monde. La description des premières années du sida et de son exploitation politique par l’administration Reagan est un autre exemple du caractère poignant de l’écriture de Nava (et de tout le récit en soi).

Ce roman aborde tellement de questions importantes qu’il est impossible de toutes les énumérer. Je ne suis pas sûr que ce soit un livre pour tous ceux qui aiment les livres gay. Ici, la romance est source de problèmes réels, il n’y a pas de fin heureuse en vue, et ce n’est certainement pas une lecture « divertissante » ou « amusante ». Certains passages sont assez sombres, d’autres si poignants que vous feriez mieux de garder vos mouchoirs prêts. Ce que je sais, c’est que c’est un livre important et qu’il devrait presque être obligatoire pour nous les gays. Je sais que mon émotion principale après avoir lu le premier chapitre, si réaliste, était la colère et l’indignation, et l’idée : « Plus jamais ! Plus jamais ça ! » Non, nous ne devons pas laisser les circonstances, les croyances, les attitudes et les comportements revenir à ce qu’ils étaient au début des années 70. Nous devons nous efforcer de faire en sorte que les personnes LGBTQ soient non seulement acceptées, mais si bien intégrées dans la société que plus personne ne se soucie de les identifier. Nous devons aider les jeunes LGBTQ à s’accepter et à s’aimer, sans jamais oublier à quel point il est difficile pour beaucoup d’entre eux (même aujourd’hui, même si nous avons atteint certains buts) d’y arriver. Non, « être pédé n’est pas pour les poules mouillées » ([b]eing a fag ain’t for sissies ; traduction de moi), comme le dit Waldo, et ça ne l’est certainement toujours pas aujourd’hui. Ce livre contient des mots soigneusement travaillés et ciselés qui expriment autant de mes propres pensées, luttes, émotions. C’est un plaidoyer vibrant à accepter, à aider et à tendre la main, un hymne au courage, à l’espoir et à l’amour.

Amazon Page auteur Sur Goodreads

Exemplaire lu

Un exemplaire gratuit de Carved in Bone nous a été fourni par l’éditeur en VO, en échange d’une critique sincère. Cette fiche de lecture a été publiée en anglais sur le site Gay Book Reviews.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Gay Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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