Contre toute attente (de ParisDude)

Couverture de « Contre toute attente » de Michaël Brice

Auteur : Michaël Brice
Titre : Contre toute attente
Publié par : Edilivre
Publié le : 30 avril 2020
Genre(s) : Littérature, nouvelle
Pages : 76
Lu par : ParisDude
Sensualité : 0 flamme sur 5
Note : 2 étoiles sur 5

Synopsis

Salut ! Je m’appelle Fabien. Comme tout jeune immature, je croyais avoir tout pour moi : un travail passionnant, une famille aimante et Loïc, un copain merveilleux. Si vous pensez que je suis sur le point de vous raconter mon histoire, vous vous trompez. Je vais vous raconter Notre histoire.

Paris, Manchester, Bruxelles, Munich, Nice… Comme vous tous, j’ai perdu un être cher lors des attentats : ma mère. Celle-ci, pour me protéger avant de mourir, a fait promettre à Loïc de toujours veiller sur moi. Elle ne savait pas à quel point elle me mettait en danger…

Pour que nos enfants comprennent ce que notre génération a enduré, je vais me confier comme jamais : je vais vous décrire ma descente aux Enfers, ma traversée et enfin, le chemin vers la paix. Je vous l’avais dit. Ce récit, c’est vous, c’est moi. C’est Notre Épopée.

« L’auteur nous invite à lire par-dessus son épaule ce que l’attentat de Nice lui a légué : une promesse qui le marquera au fer rouge. L’amour peut nourrir comme détruire. Mais ne dit­-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? « Contre toute attente » en est la preuve. » (Nawel, Présidente de l’Association « Regards Croisés », Nice)

Nice, le soir du 14 juillet 2016, juste après le feu d’artifice. On se souvient, un forcené dévale la Promenade des Anglais dans son camion poids lourd, délibérément fauchant tous ceux qui se trouvent sur son passage, causant la mort de 86 personnes et blessant plus de 450 autres. Ce drame frappe de plein fouet la famille du jeune Fabien, car sa mère – la Mamma – est tuée par un tir croisé entre le terroriste et les forces de l’ordre. La tragédie est le point de départ de ce récit ; elle chamboule la vie de Fabien, le plonge dans une remise en question complète et menace même son couple, présenté comme idyllique avant ces faits (il vient tout juste de présenter son compagnon Loïc à ses parents). Le livre raconte en neuf chapitres (chacun portant comme titre un des neuf Cercles de l’Enfer de Dante) cette descente aux enfers des deux jeunes hommes, rapportée principalement par Fabien par le biais du journal intime qu’il démarre juste après le décès de sa mère.

Le synopsis ainsi que les premiers paragraphes m’ont fait espérer une histoire poignante, captivante, déchirante. Le sujet, la trame, la matière sont là et n’attendent qu’à être transformés en récit émouvant. Si l’auteur avait maintenu la forme du premier chapitre, raconté à la troisième personne et présentant le point de vue de Fabien, je suis sûr que j’aurais écrit une critique bien différente. Il a très bien planté le décor, présenté les principaux protagonistes, fait intervenir le drame déchirant et introduit le serment que Loïc fait à la Mamma mourante de toujours veiller sur son fils Fabien. Malheureusement, pour la suite Michaël Brice a décidé de s’écarter de ces débuts prometteurs et de construire le reste du livre sous forme d’entrées de journal intime. Et à partir de là, l’histoire s’effrite à mes yeux.

Déjà, ce récit est censé être une nouvelle, je m’attendais donc à une histoire ramassée, narrée de façon succincte, économe en mots, avec unité de personnes, lieu, temps et intrigue. Souvent les nouvelles démarrent par un coup de tonnerre, un déchirement, un bouleversement – on y est parfaitement dans le premier chapitre. Cette exposition des thèmes principaux laisse prévoir un développement, pour garder le langage de la forme sonate, qui soit à la hauteur. Hélas, c’est là que démarre le journal intime de Fabien, ce qui a quelque chose de détonnant, car du coup les modulations des thèmes semblent être celles d’un autre morceau de musique. Pourquoi avoir choisi la structure du journal intime ? Pourquoi ne pas avoir poursuivi avec le récit classique ? Pour mieux me faire pénétrer dans la tête du personnage principal, pour me permettre de me sentir proche de lui et ainsi créer de l’empathie pour lui ? Eh bien, le résultat a été mitigé.

J’ai été frappé par le narcissisme exagéré de Fabien, qui se complaît à mener des réflexions nombrilistes, à s’enfermer jalousement dans sa douleur. Il fait du mal à soi-même, il fait du mal aux gens autour de lui. Et personne, apparemment, ne réagit. Encore, si cet enfermement avait été montré, par des scènes de la vie quotidienne, par le récit de conversations avec son petit copain, que sais-je, j’aurais peut-être pu le suivre. Mais pendant deux ou trois chapitres, tout est raconté, non pas montré, et c’est un long passage d’analyses qui, pour moi, sont restés des phrases presque creuses. Quand l’auteur ne montre pas, le lecteur ne peut pas voir. Ce que j’ai également remarqué très rapidement, c’est l’inexistence de communication. Fabien et Loïc ne se parlent pas. Les quelques indications que j’ai eues ressemblent plus à la description d’une collocation entre deux taciturnes qu’à une vie de couple.

Autre fait dérangeant, Fabien vient de perdre sa mère, mais au lieu de prendre appui sur son compagnon, que l’on devine dévoué à ce moment-là, il prend la fuite, se réfugie en Bourgogne sans en informer Loïc. C’est comme s’il voulait punir son copain pour la mort de sa mère, comme s’il souhaitait que celui-ci ressente, lui aussi, l’absence subite d’un être aimé sans possibilité d’adieu, sans même la chance de pouvoir espérer. On apprend que le père est muté juste après le drame, et à mon grand étonnement, Fabien ne se soucie pas une seconde de l’état émotionnel et mental de son papa. Il n’y a mention d’une prise de contact, d’aucun rapprochement, d’aucune conversation, fût-elle téléphonique. Fabien n’a d’yeux que pour lui-même, tout dans sa vie ne tourne qu’autour de lui.

La suite de l’histoire s’est avérée assez étrange, avec un revirement de situation qui fait apparaître le drame de Nice comme un prétexte, un simple point de départ pour raconter toute cette histoire. Je ne peux, hélas, même pas dire que la fin ait rattrapé les lacunes de cet ouvrage car, ultime revirement de situation, le dernier chapitre est encore une entrée de journal intime, mais rédigée par Loïc, que l’on a cru sorti de l’histoire à la fin du chapitre précédent (j’ai même pensé « Bon débarras ! » à ce moment-là). Ce dernier chapitre complique le récit à un tel point que j’ai eu l’impression de ne rien avoir compris à la dynamique de ce couple Fabien/Loïc et de ne pas avoir bien saisi où l’auteur voulait en venir, tout court;

Ceci dit, le livre n’est pas mauvais. Il y a des passages très bien vus, très bien écrits, des petits états de grâce. Tout bêtement, je crains que la forme ait nui au contenu. D’un côté, il y aurait eu ici matière pour un roman, et un très bon roman de surcroît, pourvu que les états d’âme, les joies et les souffrances des uns et des autres soient montrés avec cette grâce que j’ai dénichée par endroits. De l’autre côté, si l’auteur voulait vraiment fournir une nouvelle, il aurait dû se restreindre quant à la structure du récit, ne pas partir dans les différents méandres des sous-intrigues, simplifier, donner plus de résonance aux souffrances de Fabien en laissant de côté les analyses et en dépeignant le jeune homme dans des situations qui auraient laissé aux lecteurs la possibilité d’analyser par eux-mêmes. En l’état, l’émotion n’a pas été au rendez-vous pour moi, désolé.

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Exemplaire lu

L’auteur nous a fourni un exemplaire gratuit de Contre toute attente pour que nous puissions vous livrer une critique honnête et sincère.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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