« J’ai toujours été une conteuse d’histoires » – Interview avec Josh Lanyon (2)

Ceci est la deuxième partie de mon entretien exclusif avec Josh Lanyon, auteure américaine de nombreux best-sellers. En raison de sa longueur, cette interview est publiée en deux parties et figure également en VO sur le site Gay Book Reviews. Il est conseillé de lire la première partie de cet entretien avant de poursuivre.

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PD : Je t’ai toujours considérée comme l’auteure américaine la plus britannique, faute de trouver un meilleur mot, car ton écriture me rappelle Agatha Christie, E.F. Benson ou ta compatriote, Elizabeth Peters. C’est vrai en particulier pour tes dialogues parfaits et l’humour ironique dont tu parsèmes tes écrits, dans la série Adrien English ou dans Séance on a Summer’s Night par exemple [notre critique ici]. As-tu lu beaucoup d’auteurs britanniques ?

Toute la série Adrien English

JL : Ma famille est ce que l’on appelait autrefois une famille « écossaise-irlandaise » – (elle dessine à nouveau des guillemets dans l’air, accompagnant son geste d’un éclat de rire) – ce qui est assez exact comme terme, compte tenu de la quantité d’alcool consommée – avec un petit rajout de français, italien et gallois pour la variété émotionnelle. J’ai grandi dans la sous-culture écossaise du sud de la Californie. (En voyant mon expression amusée, elle ajoute) Oui, ça existe ! – Mes sœurs et moi avons appris les danses des Highlands, la danse country, j’ai étudié le gaélique, et nous avons fait partie d’un groupe de musique folk celtique pendant à peu près trente ans. J’ai grandi entourée de Britanniques – d’Ecossais en particulier –, donc oui, j’ai grandi en lisant pas mal d’auteurs de polar britanniques. J’ai lu des écrivains comme Georgette Heyer, Ellis Peters, Agatha Christie et tous les grands de l’âge d’or bien avant que je ne m’attaque à des écrivains américains tels que Chandler, Hammett, Hansen.

PD : As-tu encore le temps de lire ?

JL : Je vais essayer d’en trouver un peu plus cette année.

PD : Quels sont les genres que tu préfères ?

JL : Le polar est définitivement mon genre préféré. Avant de publier Fatal Shadows [Ombres Funestes en français, note de PD], j’avais littéralement lu tous les polars gay (et la plupart des polars lesbiens) publiés avant 2000. Ma préférence va aux polars vintage. Particulièrement ceux écrits dans les années 1940. En fait, mon mari – l’écrivain / critique Kevin Burton Smith – et moi-même travaillons à un livre de non-fiction intitulé provisoirement Mr. and Mrs. Murder, qui parlera de couples mariés et détectives amateurs dans les romans d’avant les années 60.

PD : Oh, par exemple, Tommy et Tuppence Beresford, d’Agatha Christie ! J’adore ces personnages.

JL : Correct ! Oui. Très bien !

Couverture de « Footsteps in the Dark: An M/M Mystery Romance Anthology »

PD : Passons maintenant à quelque chose de complètement différent. Début août, ton dernier roman, Mainly by Moonlight, sera publié [pour en savoir plus sur ce livre, voir ci-dessous, note de PD]. Si j’ai bien calculé, c’est le quatrième roman que tu publies cette année, sans parler de ta participation à l’anthologie gay Footsteps in the Dark. Comment fais-tu pour être aussi prolifique ? As-tu des horaires spéciaux pour l’écriture ? Quand est-ce que tu as le temps pour tes hobbies – je suppose que tu en as ?

JL : En théorie, j’en ai, oui ! J’aime jardiner, nager, regarder des films noirs classiques avec mon mari, jouer avec mon petit chien fou à la maison et dans la cour. (En fait, ce chien, qui s’appelle Marlowe the Mutt, comme elle me dit, dort actuellement sur le dossier de sa chaise, enroulé sur lui-même et soufflant ses ronflements dans son cou). J’aimerais lire plus. (Son expression devient un peu nostalgique avant qu’elle ne se ressaisisse.) Je suis en train de vivre une année productive, oui, mais c’est l’année la plus productive depuis un bon moment. J’ai connu un burn-out créatif et productif en… mon Dieu. Quand était-ce ? En 2012 ? J’avais terminé quatorze projets l’année précédente – dont trois pour des éditeurs grand public –, et j’ai ensuite connu un crash spectaculaire. Je ne pouvais plus supporter d’écrire. N’importe quoi. Du tout. C’était effrayant. Et cela m’a pris tout ce temps, jusqu’à maintenant, pour revenir à ce que je considère comme une vitesse normale, saine et raisonnable d’écriture.

PD : J’ai également remarqué à quel point tes romans sont bien relus et presque sans erreurs, si l’on ignore les petites erreurs dont le bon petit diable des coquilles arrose tous les écrits. Est-ce que tu corriges tes textes toi-même, ou travailles-tu avec quelqu’un ? Si c’est une collaboratrice ou un collaborateur, un grand bravo à elle / lui…

JL (ravie) : Merci ! Je transmettrai tes compliments au chef. (Elle me fait un clin d’œil.) Je travaille en fait avec Keren Reed pour l’édition, la plupart du temps. Je peux également recommander Deb Nemeth (elle relit tous mes livres pour Carina) et Dianne Thies pour les révisions.

PD : Quels sont tes prochains projets ? Est-il possible que nous ayons une suite à la série Adrien English ? Je suppose que je ne suis ni le premier ni le seul à poser cette question…

JL (faussement surprise)  : QUOOOIIII ? ? ? JE N’AI JAMAIS PENSÉ À ÇA ! ! ! ! Actuellement, je n’ai pas en moi de quoi écrire un autre roman sur Adrien English. Cependant, l’année prochaine marquera le 20e anniversaire de Fatal Shadows [Ombres Funestes en français, note de PD], il va donc certainement y avoir une sorte de suite à Adrien English. Très probablement des épilogues, mais peut-être une nouvelle ou un court roman. À voir.

PD : Mmmh… J’ai hâte d’y être et de lire tout ça ! Au fait, mon petit ami est frustré parce que si peu de tes livres ont été traduits en français. Y a -t-il des projets dans ce sens ? Tu rendrais un homme extrêmement heureux en fait…

JL : MxM Bookmark prévoit de traduire les séries Art of Murder et Holmes & Moriarity, c’est donc une bonne nouvelle, je l’espère. Bien sûr, ils ne peuvent pas publier beaucoup plus, alors je suis ouvert à toute collaboration avec un autre éditeur français, le cas échéant. J’ai beaucoup de livres qui demanderaient à être traduits.

PD : As-tu déjà visité la France ? Ou mon pays d’origine, l’Autriche ?

JL : Non ! L’année prochaine, je ferai mon premier voyage en France. Je suis très excitée. Malheureusement, je ne suis jamais allée en Autriche. Ce pays m’a toujours fait penser à un royaume de conte de fées.

PD : Je peux te dire que cela en vaudrait la peine, d’y aller. Et je ne le dis pas seulement parce que c’est mon pays d’origine… (regarde sa liste de questions). Dis-moi, si tu n’avais le droit d’en nommer qu’un seul, quel serait ton Livre Préféré ? Tu sais, avec des majuscules à Livre et Préféré ?

JL : Je sais que certains savent répondre à cette question, mais je ne suis pas de ceux-là ! Différents livres ont signifié différentes choses pour moi à différents moments de ma vie. Parfois, ces livres résistent à l’épreuve du temps, parfois non, mais ils « font tous leur travail » (guillemets dans l’air), pour ainsi dire. Je peux dire que le livre qui m’a le plus influencé a été, comme j’ai mentionné, The Charioteer, de Mary Renault, mais je ne suis pas sûr que même ce livre soit mon Livre Préféré.

PD : Parfois, on lit un livre, et on ne peut s’empêcher de penser : « Bon sang, pourquoi n’est-ce pas moi qui ai écrit ça ! » Y a-t-il un tel livre pour toi ?

JL : Argh. Encore une fois, je vais te décevoir. Je n’ai jamais lu quoi que ce soit que j’aurais aimé écrire. J’ai lu tant de bons trucs – et tant de mauvais aussi ! –, et je ai trouvés une source d’inspiration dedans. J’ai lu des choses que j’ai aimées et des choses qui m’ont fait penser : « Hm, comment puis-je capter ce sentiment dans ma propre écriture ? » Peut-être quand j’étais très jeune. Je me souviens d’avoir lu The Egypt Game et d’avoir pensé que c’était le livre le plus fantastique du monde.

Couverture de « The Darkling Thrush »

PD : Ton livre dont la publication est imminente, Mainly by Moonlight, semble être un polar avec une pincée de magie (tape dans ses mains, enthousiaste). Juste pour info – deux de mes genres préférés ! Maintenant, je me souviens de la première fois que je suis tombé sur ce mélange – polar et paranormal – dans ta longue liste de publications en lisant The Darkling Thrush. Qu’est-ce qui t’a poussé, si je puis me permettre, à t’écarter de ton genre habituel ?

JL : Eh bien, tu sais, autant j’aime les polars, autant c’est amusant d’essayer différentes choses. En outre, il est bon d’apprendre de nouveaux trucs, d’étirer ses muscles créatifs. Ça fait qu’écrire reste quelque chose de frais pour moi, et ça attire de nouveaux lecteurs. J’aime aussi écrire des histoires de vacances romantiques et amusantes – et j’essaie d’en faire une chaque année. L’une des meilleures choses que j’aie faites, même si elle est peut-être l’une des moins populaires, c’est The Curse of the Blue Scarab [La Malédiction du Scarabée bleu en français, note de PD]. Certains projets méritent d’être réalisés simplement parce qu’ils te mettent à l’épreuve, ce qui te pousse à devenir meilleur en tant qu’écrivain.

Couverture de « La Malédiction du Scarabée bleu »

PD : Mainly by Moonlight est annoncé comme le premier livre d’une série intitulée Bedknobs and Broomsticks. Puis-je demander si nous pouvions avoir un aperçu de ce qui va se passer dans cette série ?

JL : J’adore, j’adore, j’adore cette nouvelle trilogie. Elle est – du moins, j’espère ! – drôle, romantique, poignante et, oui, mystérieuse et magique. Mais au fond, c’est une exploration de ce que ça signifie d’aimer. L’histoire commence avec Cosmo, qui est un sorcier et qui a le coup de foudre pour John qui, lui, n’a ni de pouvoirs magiques ni, pire, la fibre très romantique. Mais le meilleur ami de Cosmo – à l’insu de Cosmo – jette un sort sur John pour qu’il tombe amoureux de Cosmo. Nous avons donc une relation qui commence par une fausse prémisse. Quand le sort est retiré de John, il se croit amoureux – peut-être l’est-il ? –, et leur mariage aura lieu deux jours plus tard. Oh, et Cosmo est suspecté de meurtre. Alors… c’est compliqué. Et dans le deuxième livre, qui devrait paraître plus tard cette année, les choses se compliquent lorsque John apprend que Cosmo est en fait un sorcier. C’est là que l’enfer se déchaîne, même si, espérons-le, il ne le fera pas littéralement. (Elle en rit).

PD : Tu as beaucoup de succès avec les polars gay. Y a-t-il un autre genre que tu aimerais explorer ?

JL : Finalement, je vais probablement passer à la non-fiction ; je vois ça comme une progression naturelle. Mais pour une raison inconnue, je traverse actuellement une sorte de renaissance créative, et je suis pleine d’idées et d’histoires. Le défi est de trouver le temps d’écrire tout ce qui vibre dans mon cerveau.

PD : En parlant de temps, mon Dieu ! Je ne l’ai pas vu filer ! Je suppose que je devrais te laisser. Encore une fois, merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien !

JL : Merci beaucoup à toi, Dieter, pour ces questions réfléchies et amusantes. J’ai aimé discuter avec toi !

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Plus d’informations sur Josh Lanyon dans la première partie de cette interview ou sur le site Web de l’auteure.

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Couverture de « Mainly by Moonlight »

Titre : Mainly by Moonlight: Bedknobs and Broomsticks 1
Auteur : Josh Lanyon
Éditeur : JustJoshin Publishing, Inc.
Date de parution : 1er août 2019
Genre(s) : Polar/magie
Page Count : 158
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Synopsis

A gay high-society wedding. A stolen book of spells. A love-threatening lie.

Can a witch avoid a murder rap without revealing the supernatural truth?

Cosmo Saville guiltily hides a paranormal secret from his soon-to-be husband. And if he can’t undo a powerful love spell, uncertainty threatens his nuptial magic. But when he’s arrested for allegedly killing a longtime rival, he could spend his honeymoon behind bars…

Police Commissioner John Joseph Galbraith never believed in love until Cosmo came along. Falling head over heels for the elegant antiques dealer is an enchantment he never wants to break. So when all fingers point to Cosmo’s guilt, John races to prove his fiancé’s innocence before they take their vows.

As Cosmo searches for the real killer among the arcane aristocracy, John warns him to leave it to the police. But with an unseen enemy threatening to expose Cosmo’s true nature, the couple’s blissful future could shatter like a broken charm.

Can Cosmo find the lost grimoire, clear his name and keep John’s love alive, or will black magic “rune” their wedding bells?

Mainly by Moonlight is the first book in the sexy Bedknobs and Broomsticks romantic gay mystery series. If you like spell-binding suspense, steamy star-crossed fun, and a dash of paranormal, then you’ll love Josh Lanyon’s charming tale.

Amazon Page auteur Sur Goodreads

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Gay Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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