
Synopsis
Paùl Jack bouscule la langue, secoue les modes et les hiérarchies, embrasse l’époque.
Récit fragmentaire et éclaté – traversé par un chat –, l’ouvrage brosse le portrait de deux musiciens et livre une photo en temps réel de la vie d’artiste.
Toile chamarrée aux multiples nuances, il enveloppe le lecteur, l’accompagne au soleil comme dans la tempête, le protège ou l’expose, mais ne le quitte plus.
Notre avis
Je commence cette petite chronique par présenter mes plus sincères excuses à l’auteur. Il a eu la gentillesse de nous envoyer un mail fin 2024 (eh oui, ça date !) pour nous présenter son livre – et pour une raison qui m’échappe, le mail est passé à la trappe. J’ai le souvenir de l’avoir vu et de l’avoir lu ; s’y ajoute l’impression d’avoir 1/ répondu et 2/ présenté le roman sur le site dans la rubrique « Paroles des autres ». Mais après vérification, il n’y a rien dans ma boîte d’envoi, et aucun article sur livresgay. Donc, j’ai apparemment ignoré, fait le mort, ghosté (comme on dit aujourd’hui) – honte sur moi ! Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, ce n’était vraiment pas mon intention, je ne suis pas comme ça, promis-juré !
En fait, c’est en voulant faire du rangement sur la boîte mail que j’ai fortuitement découvert le pot au rose. Après un moment de sincère affolement, et me disant qu’il serait mesquin de tenter de faire amende honorable par retour de mail plus-que-trop-tardif, j’ai cherché un autre moyen pour me faire pardonner (enfin, ça ne dépend pas de moi). Pierre-Michel Sivadier avait mis en pièce jointe de son message un exemplaire numérique de son ouvrage. Du coup, j’en ai profité pour… le lire, pardi ! Telle n’avait pas été la requête de l’auteur, en tout cas pas explicitement (je soupçonne qu’il est un grand, grand poli) – mais faut-il réellement demander à un auteur s’il désire être lu ? Aussi me suis-je dit que lire et présenter un retour de lecture serait mieux qu’une plate excuse.
Bon, ceci étant dit en préambule plutôt longuet, ça tombe bien. Que j’aie lu le livre, je veux dire. Car il m’a surpris dans le sens que je ne m’attendais pas à être emporté avec autant d’aisance par une plume comme il n’y en a pas deux. Tout d’abord, je dois dire que ce livre est un ovni. Un ouvrage inclassable (note pour nos lecteurs : quand nous mettons « roman » dans la partie « Infos », c’est qu’il nous est impossible de lui trouver un genre qui lui siée avec plus de précision), pas vraiment romance, pas vraiment poème, pas vraiment roman humoristique, pas vraiment roman à clé, et quand même un petit peu tout ça à la fois et davantage. J’avoue qu’au début, j’ai craint un bref instant être tombé sur un bouquin parigo-prétentieux car il débute par un long passage de complainte sur Paris et combien la ville a changé, n’est plus ce qu’elle était jadis, etc. (rengaine que je me surprends à sortir aussi, de temps en temps). Mais. Juste au moment où cette tirade a commencé à sérieusement me lasser, la raison de son importance devint claire. Car la rencontre des deux protagonistes du titre se fit.
Ils se prénomment Paùl et Jack. Oui, comme dans le titre, qui à première vue mériterait donc une virgule, dont l’absence est à deuxième vue – c’est-à-dire après lecture du roman – parfaitement justifiée. Deuxième aveu : que « Paul » ne soit pas suffisant et nécessite un « ù » m’a irrité un peu, et même l’explication qui est donnée vers la fin du livre ne m’a pas enlevé cet agacement léger (comment le prononcer ? « Pa-oul », comme Raoul, et tout bêtement Paul sans rien de plus ? question essentielle pour quelqu’un qui parfois se lit des passages « à voix haute » dans sa tête…)
Paùl et Jack donc. Deux musiciens qui font connaissance chez une amie commune, Irène, musicienne elle aussi et avec qui ils vont former un trio pour un premier projet. On ne sait rien de précis quant à leur instrument (sous-entendu : ce n’est pas très important, quand on a dit musicien, on a presque tout dit d’un caractère ; je ne suis pas loin de souscrire à ce propos en l’élargissant même sur les créateurs tout court…). Ma conjecture circonstancielle est la suivante : Paùl doit être pianiste (en alter ego de son auteur et créateur, avec lequel il semble partager d’autres traits) car il est aussi compositeur et arrangeur (ces deux activités s’exerçant le plus souvent sur piano) ; Jack joue du violon (il sort son archet vers la fin du livre) ; Irène avec ses caprices de diva est quant à elle cantatrice.
Un résumé succinct de l’intrigue qui suit serait que Paùl s’éprend de Jack (« tombe amoureux » est presque trop fort, trop violent ; s’entiche, peut-être ?), qui, lui, fidèle à son être, esquive, évite, ferme les yeux, reste intouchable, insaisissable, mais toujours fichtrement séducteur. Il a exercé une certaine attraction même sur moi, le lecteur, alors que j’ai tout de suite su, en reconnaissant certains traits, que quelqu’un comme Jack, on le fuit, pour son propre bien. Paùl reste peut-être plus difficile à cerner – rien que la difficulté de trouver le bon verbe pour décrire ce qu’il ressent pour son acolyte en témoigne. Plutôt que de vouloir être avec Jack, il désirerait peut-être être Jack tout court ? Lui envie-t-il cette espèce de liberté intrinsèque, ce côté sans attache (mentale, morale, sentimentale) dont il l’affuble dans son imagination ?
En tout cas, j’ai trouvé fascinant que Paùl livre plus de choses ayant trait à son intérieur (pensées, émotions), mais que Jack avec sa (ses) surface(s) m’a paru plus accessible – justement parce qu’il représente un personnage qui ne l’est pas du tout, en fin de compte.
Pour la structure, je précise que le livre est écrit à la troisième personne, avec des passages « côté Paùl », d’autres « côtés Jack ». Y sont insérés bon nombre de poèmes et des réflexions sur la condition contemporaine plutôt bien senties (voir la citation plus bas). Ah, et il y a aussi des extraits de la vie extraordinaire d’un chat ! Oui, vous n’hallucinez pas, un chat a également droit de cité, dans cet ouvrage étonnant, et c’est le seul à présenter ses desiderata à la première personne (bien évidemment – c’est un chat, après tout). Ça surprend la première fois, puis on attend le retour du minou avec impatience car se sont des paragraphes à la fois légers et profonds (chatesques), contés d’une voix vraiment de chat comme je l’imagine, avec une pointe d’humour exquis.
Ouvrage unique, inique, donc, qui m’a séduit par son histoire, ses personnages en pastel peint à la pointilliste, son écriture fine, lyrique, évocatrice, sa facilité à me surprendre de petit passage à petit passage et son empathie tantôt enjouée, tantôt lasse pour ces humains qui sont ô combien complexes ! Recommandation tardive, mais d’autant plus appuyée de ma part, donc.
Une citation
Tes petits secrets, vos petites gammes, son petit appartement, leurs petites chansons, mes petites envies.
Un petit échauffement, un petit film, petit spectacle, petites scènes, de petites révoltes contre un petit dysfonctionnement, une petite entorse à la règle – petite règle–, un petit livre qu’il nous livre, de petits mots, une petite carte, un petit chien, une petite baisse de moral, une petite intervention, un petit plaisir, une petite voiture, un petit train, une petite humiliation, une petite voix, boulevard de la Petite-Vitesse, rue des Petites-Écuries, place des Petits-Champs, une petite avance suivie d’une petite déception, deux petites minutes, trois petits tours, les petites mains, petite coupure, un petit regard, les petits nuages noircis de petits désaccords, les petits peuples, une petite gorgée, un petit dessert, mille petits tracas.
Paùl voulut supprimer les petits pour s’acheminer vers d’immenses désirs.
Il aspirait à la grandeur, ambitionnait l’incommensurable.
Il se servit alors un grand whisky dans un grand verre et partit pour une grande saoulerie ponctuée de gargantuesques éclats de rire.
(p. 139)
Infos
Auteur : Pierre-Michel Sivadier
Titre : Paùl Jack
Publié par : Stellamaris
Publié le : 27 juillet 2020
Genre(s) : Roman
Pages : 198
Disponible en : Broché
Lu par : ParisDude
Note
5 étoiles sur 5
Où acheter
L’auteur
Pianiste, compositeur, interprète mais aussi poète, Pierre-Michel Sivadier est le créateur d’une œuvre multiforme mêlant la musique et les mots. Il a notamment joué, écrit ou composé pour Jane Birkin, Christian Vander, James Ivory.
Il est l’auteur d’une importante production vocale, instrumentale et d’une cinquantaine de chansons éditées. Il publie des ouvrages de fiction et de poésie.
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