
Synopsis
« Au retour de la fête, la Renault Fuego de son père avait disparu. Kevin ne monterait plus jamais dans cette voiture dont l’odeur de l’habitacle l’avait fait vomir dans les virages. Maman, c’est quoi une tralouse ? »
Dans les Cévennes des années 1990, les Bastide vivent sans histoire jusqu’au jour où Michel abandonne femme et enfant, pour un homme. Le village s’empresse de l’oublier. Trente ans après, son petit-neveu, harcelé au lycée, tente de se suicider. Il est temps que les yeux de toute la vallée se dessillent. Encore faut-il, dans une France rurale de non-dits et de vertu, que chacun reconnaisse ses ambivalences et affronte ses contradictions.
Les Fiertés des Cévennes brosse le portrait d’une famille en clair-obscur, en quête d’une dignité perdue.
Notre avis
Voici le quatrième roman de Benjamin Audoye (j’ai déjà présenté Namaste Siji ! et Comme il faut sur le site), et c’est un livre… qui s’est reposé sur ma pile à lire depuis plus d’un an. Eh oui, Benjamin a eu la gentillesse de me le faire parvenir en avril 2025 (ciel, comme le temps file !) et la gentillesse encore plus grande de faire preuve de patience et de bienveillance à mon égard. Surtout de la patience car avril 2025 – juin 2026 : faites le calcul vous-mêmes. En guise d’excuse, une petite clarification : je traite les livres dans l’ordre d’arrivée, avec aussi bon nombre que je lis en anglais, et dans le tas je suis tombé sur un pavé de plus de 2 000 pages. On me l’a offert, en outre, donc difficile de ne pas le lire, même si au bout de 900 pages, avec des pauses, je peine toujours à lui trouver un intérêt (je vous en parlerai peut-être un de ces quatre, terminé ou pas… affaire à suivre). En tout cas, merci, Benjamin, d’avoir attendu si longtemps.
Disons d’emblée que j’aurais dû ouvrir Les fiertés des Cévennes bien plus tôt, pendant une des pauses de lecture du gros pavé. Le livre se lit très bien et assez vite, notamment parce qu’on a sans cesse envie de connaître la suite. C’est le récit d’une famille issue d’un tout petit village situé dans les Cévennes, à cheval sur la Lozère et le Gard : les Bastide. Il y a les deux frères, Michel et Pierre. L’un est prof d’histoire-géo au collège. Marié à Viviane, la coiffeuse du patelin, avec qui il a un fils, Kevin. L’autre travaille pour la DDE ; avec sa femme Blanche, il a un fils, Denis, et une fille, Myriam. Si chez le premier, la femme aime pour deux (au point de faire de cet amour une obsession), le second a su créer un cocon familial agréable… en tout cas à première vue. Car les non-dits pullulent jusqu’au jour où Michel quitte femme et fils, sans se retourner, sans un au-revoir même, pour aller vivre près de Toulouse. Avec le facteur du coin.
Un homosexuel ! Qui délaisse femme et enfant ! Ça fait jaser, les langues de vipère se déchaînent tout comme se déchaîne la spirale infernale et autodestructrice de Viviane (je l’avais dit – son amour pour Michel frôlait l’obsession). Elle tombe dans l’alcool, oubliant de ce fait l’éducation de son fils. C’est Kevin qui gère leur vie plutôt que l’inverse. Lui, il n’a donc qu’une idée en tête : partir. Partir vite, partir loin, et ne plus jamais revenir. Ce sera chose faite à ses 18 ans. Pour d’autres raisons, plus obscures celles-là, son cousin Denis, beau, brillant, avenant, a la même brûlante ambition – laisser les Cévennes loin, loin, loin derrière lui. Il atterrira, comme le veut le hasard d’une vie somme toute bien sage, bien rangée, au Canada, où il occupe un poste de manager chez un grand groupe international. La dernière de ce trio, Myriam, se fait séduire contre toute attente par Gilbert « le Crado » (il est fâché avec l’hygiène et le restera toute sa vie), le fils de l’épicier du coin. C’est le coup d’un soir trop arrosé, mais Myriam tombe enceinte, et les deux sont dare-dare réunis dans un mariage de convenance davantage que d’amour. Bientôt naîtra leur unique fils, Florian.
C’est ce même Florian, devenu un jeune au physique ingrat, potelé, le nez tout le temps fourré dans les livres, en proie à des doutes sur son genre, qui finira par mettre le feu aux poudres familiales. Harcelé par ses camarades de classe, il tente de mettre fin à ses jours… et c’est là que tout s’emballe, sous l’impulsion notamment de Blanche. Elle n’a dorénavant qu’une idée en tête : réunir la famille, concilier ce qui peut l’être, colmater les brèches, tout pour venir en aide au jeune en détresse…
L’histoire est âpre, et le style de l’auteur la sert merveilleusement. Il est terre à terre, souvent presque sec, jamais larmoyant (on évite de ce fait toute effusion mélodramatique gratuite), de constat en constat, raconté par un narrateur omniscient, ce qui permet de suivre tel personnage, puis tel autre, puis encore un troisième et ainsi de suite. L’histoire n’est donc pas déroulée de façon linéaire, et on ne s’ennuie pas une seconde. Techniquement j’ai trouvé le livre bien ficelé, on ne se perd jamais entre les protagonistes, et le grand danger de l’exercice – que le narrateur narre trop – est toujours contourné. On se rend même compte que ce narrateur ne sait pas tout ; des zones d’ombre jamais éclaircies demeurent et laissent le lecteur, la lectrice libres d’inventer leur propre théorie. J’apprécie, ça prouve que l’auteur ne prend pas son public pour des imbéciles et qu’il lui concède un espace où faire tourner sa propre caméra. Je pense notamment à un retournement de situation spécifique que je n’ai pas vu venir, ni de loin, ni de près, et pour lequel je cherche toujours une explication. Astucieux car on est là vraiment dans la peau de tous les personnages qui, eux non plus, ne savent pas pourquoi cet événement s’est produit.
Malgré l’âpreté que j’ai mentionnée plus haut, ce roman n’est pas pour autant noir. Il est divertissant dans le sens où on est distrait de sa propre vie en étant plongé dans celle d’autres personnages. Un autre danger est également évité, celui de la caricature, du tout noir versus tout blanc, bons contre méchants. Tout le monde a ses failles, dans ce récit, tout le monde traîne ses blessures, ses rancunes, ses rais de lumière, ses abîmes de négativité. Ils sont tous touchants, et en même temps pas forcément sympathiques. Celui qui m’est devenu le plus cher est, peut-être étrangement, le vieux Pierre, plutôt gauche, mutique (ils le sont tous à un certain degré), mais qui a le cœur sur la main et qui sait (se) mettre en question quand on l’y pousse.
Oui, je répète, j’aurais dû fermer le pavé et me consacrer à ce roman bien plus tôt. Un livre captivant que je recommande.
Infos
Auteur : Benjamin Audoye
Titre : Les fiertés des Cévennes
Publié par : Auto-édité
Publié le : 1er juin 2025
Genre(s) : Roman, coming out, saga familial
Pages : 255
Disponible en : Ebook & broché
Lu par : ParisDude
Note
4 étoiles sur 5
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L’auteur
Qui suis-je ?
J’ai 43 ans et je ne le sais toujours pas. Je suis plus à l’aise dans des petits dîners que dans des grandes tablées. Je bois du thé et du café le matin, je n’aime pas choisir. Je préfère lire à regarder un film. Je suis une tornade le matin et un pneu à plat le soir. J’adore les chats et j’ai peur des chiens. Je suis généreux et j’adore les trucs gratuits. Je fais quotidiennement du sport, je mange mes 5 fruits et légumes par jour, mais je ne refuse jamais une pâtisserie ou un verre. J’ai peu d’amis et je leur suis loyal. J’aime la solitude bien que je sois capable d’être drôle en public. Je préfère l’écrit à la parole. Je suis gay et je refuse d’être un produit de supermarché. En fait, je vis au jour le jour depuis l’Inde, sans espoir ni tristesse.
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