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The City and the Pillar (retour de ParisDude)

Synopsis

A literary cause célèbre when first published in 1948, Gore Vidal’s now-classic The City and the Pillar stands as a landmark novel of the gay experience

Jim Willard, former high-school athlete and clean-cut boy-next-door, is haunted by the memory of a romantic adolescent encounter with his friend Bob Ford. As Jim pursues his first love, in awe of the very same masculinity he possesses himself, his progress through the secret gay world of 1940’s America unveils surreptitious Hollywood affairs, the hidden life of the military in the Second World War and the underworld bar culture of New York City.

With the publication of his daring third novel The City and the Pillar in 1948, Gore Vidal shocked the American public, which has just begun to hail him as their newest and brightest young writer. It remains not only an authentic and profoundly important social document but also a serious exploration of the nature of idealistic love.

‘Gore Vidal, a writer of lustrous and fabulously readable prose, was always ahead of his time, so it is wonderful to see some of his finest works being republished for an audience who will be ready to (re)discover his daring, his insight and his wickedly waspish wit’
STEPHEN FRY

Synopsis de l’édition française

Deux adolescents, Jim Willard et Bob Ford, découvrent l’amour avant de se séparer à la fin de l’été. Pendant les années qui suivent, au cours d’un périple qui le mènera sur un cargo au large de l’Alaska, chez une star d’Hollywood dans les années 30, puis à New York parmi les écrivains du Village, Jim Willard tentera de retrouver le moment de grâce qui a imprimé pour toujours sa marque sur son existence. 

Grand classique de la littérature américaine, ce roman puissant et mélancolique n’a rien perdu de son charme. 

Gore Vidal (1925-2012) est un génial touche-à-tout, romancier, scénariste, acteur et grand observateur des États-Unis. Ami de Truman Capote, d’Anaïs Nin et tant d’autres, il fut une figure incontournable de la culture américaine.

Notre avis

The City and the Pillar est un classique de la littérature gay. Le roman a été écrit en 1946 (!) et publié deux ans plus tard, en 1948 (!!), devenant illico un best-seller, malgré son thème central jugé scandaleusement sulfureux, à l’époque. Pourquoi la traduction française (qui date de 1949) porte le titre Un garçon près de la rivière est une des énigmes dont seuls les traducteurs connaissent le secret. Dans mon retour de lecture, je parlerai de la version révisée par l’auteur lui-même en 1965 (le mot Revised fut alors ajouté au titre anglais, mais ôté par la suite, y compris dans les rééditions de cette deuxième version, la plus répandue à ce jour). Pour cette version, il a fallu attendre 1981 pour la voir traduite en français, soit dit en passant.

Au moment de sa parution, comme je l’ai déjà mentionné, l’ouvrage fut un véritable scandale littéraire. Depuis, il est célébré non sans raison comme étant l’un des précurseurs de la littérature « gay » à proprement parler, un de ces romans qui font date, qui donnent naissance à tout un processus de conscientisation, qui posent des mots sur un vécu passé sous silence trop longtemps et qui le font ouvertement, sans moralisation ni jugement. Car oui, ce qui frappe d’entrée de jeu (d’entrée de lecture, disons), c’est la modernité, l’audace, la bienveillance avec laquelle l’auteur se saisit de son sujet. Avant la libération sexuelle, il était rare que l’on en parle si explicitement et avec si peu de préjugés. Nul euphémisme, nulle métaphore, nulle jolie circonlocution ne viennent draper leur voile pudique sur l’expérience homosexuelle par laquelle démarre l’intrigue, à quelques pages près (par acquit de conscience, je voudrais quand même ajouter qu’un premier chapitre précède cet épisode ; il introduit le fil rouge qui sert de parenthèse à toute l’intrigue).

Alors, l’histoire. On est à la fin des années 30, au fin fond du Maryland ou de Virginie-Occidentale, si mes souvenirs sont bons, et c’est un jour de printemps sans aucune caractéristique particulière. Jim Willard et son meilleur ami Bob Ford sortent du lycée et décident de passer l’après-midi et la nuit dans une hutte abandonnée près du Potomac, comme ils ont l’habitude de le faire. Ils pêchent des poissons, ils les font griller, ils mangent, ils parlent de l’avenir et de leurs rêves, ils se baignent, ils se font sécher au bord du fleuve… et une innocente petite bagarre d’ado mène à la rencontre de deux corps chauds et volontaires. Cette nuit d’amour marquera Jim à jamais. Il n’arrivera plus à l’oublier, et son ami Bob, de qui il sera séparé peu de temps après, deviendra au fil des années une vraie obsession – car « un premier amour, premier amour, premier amour ne s’oublie jamais, s’oublie jamais, s’oublie jamais… », comme le chantait Isabelle Aubret.

On suit le parcours décousu, presque chaotique de Jim, de la marine marchande en passant par le Hollywood de l’immédiat après-guerre, par la moiteur des Caraïbes, par les amitiés et relations improbables, pour atterrir dans les cercles littéraires New-Yorkais de la fin des années 40, que le jeune héros rejoint en tant qu’instructeur de tennis (se boucle ainsi le récit-parenthèse par lequel le roman a débuté). Où que le destin l’emmène, notre brave Jim, quoi qu’il fasse, et peu importe avec qui il partage sa vie, il sera constamment à la recherche de ce fantôme que constitue Bob ; il tentera sans cesse de combler le vide créé par son absence. Ce ne sera finalement plus le vrai Bob, l’être en chair et en os qu’il a connu jadis, mais un fantôme, un idéal, posé sur un autel mémoriel comme le seul sauveur capable de lui apporter le bonheur qu’il cherche si désespérément et en même temps presque avec désinvolture et détachement… C’est avec d’autant plus de force que frappe donc la fin, que je n’anticipais pas du tout de cette façon-là (et encore, si mes recherches sur Internet disent vrai, la version que j’ai lue m’a épargné la fin originale, celle de 1948, qui était encore plus choquante).

Une petite explication, maintenant. J’ai dû tomber sur cet ouvrage par hasard, peut-être pendant la lecture d’un autre roman ou d’une critique. La raison pour laquelle je l’ai acheté en 2020 et aussitôt mis de côté m’échappe, tout comme j’ai oublié pourquoi je n’avais pas repensé à son existence plus tôt. Le fait est que j’ai décidé cette année de m’attaquer enfin à ma pile de livres à lire (communément appelée PAL) et que, pour ce faire, j’ai inventorié le contenu de mon Kindle. Je vous épargne les détails, mais sachez que c’était long et laborieux, non pas parce que je serais mal organisé, mais parce que je suis trop organisé. Enfin, bref. J’ai (re-)découvert bien des romans avec une stupéfaction non feinte (« Tiens – j’ai acheté ça ! Mais quand ? Et pourquoi ? »), dont celui-ci. Je l’ai ouvert en vierge, c’est-à-dire sans rien savoir sur l’écrivain, son style, l’intrigue du livre, l’époque de l’histoire. Tout ce que je savais, c’était que j’allais lire Un Classique (majuscules et italique mentaux inclus). Je m’attendais donc à quelque chose de vieillot, de pesant, de lourd même – je me préparais, en quelque sorte, à devoir me battre avec un texte récalcitrant. Ayant fini le premier tome d’un Heinrich Mann juste avant (Henri IV, en allemand, oublié dans son coin sombre pour les mêmes raisons que ce Vidal, et qui s’est révélé être très barbant), je n’avais pas grand espoir de m’offrir là une « régalade » quelconque.

Grave erreur de jugement ! Je ne sais pas à quoi ça tient, mais j’ai été soufflé. Deux après-midis seulement, et j’avais terminé ce livre, par un petit cri choqué car, comme je l’ai évoqué précédemment, la fin s’est révélée être vraiment du lourd, si j’ose dire. Je vais quand même essayer de creuser pourquoi j’ai tant aimé ce roman. Tout d’abord, le style de Vidal… Direct, moderne, sans fioritures, sans baroqueries, mais tout de même relevé, parfois enlevé, et qui s’ouvre par-ci, par-là sur des moments de grande poésie. J’ai eu l’impression, plus d’une fois, que Vidal avait un vrai don (que tout auteur lui envie) : celui de composer une courte phrase, avec juste le nombre de mots qu’il faut, et de faire naître avec elle, par elle, un cadre, de poser une situation, d’évoquer une senteur, par exemple, ou de faire scintiller une vaguelette de piscine ; en un mot, d’insuffler vie à une scène ou un personnage. Tout est fluide, tout semble simple, tout est cohérent, dans l’intrigue, dans les personnages, dans les scènes, dans le découpage pour parler technique d’écriture, dans le point de vue proposé. La plupart du temps, on suit l’histoire à travers les yeux de Jim (qui parle à la troisième personne). Mais ça n’empêche pas quelques infidélités de l’auteur, quelques excursions dans l’âme de tel ou tel autre personnage, parfois même secondaire. On voit là ce que l’on appelle, en littérature, un narrateur omniscient, qui se pose au-dessus de la mêlée des ordinaires protagonistes. Pour réussir ce tour de force entre trop dire et trop taire, il faut être un sacré écrivain, et Vidal l’est.

Bon, petit avertissement en passant. J’ai parcouru rapidement les retours sur Goodreads, et certaines choses m’ont étonné. Je crains que d’aucuns s’attendent à découvrir une petite romance à l’eau de rose. Un de ces produits à l’histoire copiée-collée qui contient les exercices de style exigés par le trope (scènes hot, retournement de situation à deux tiers du texte, etc.). Ce roman n’est pas de cette trempe-là. C’est le parcours initiatique d’un jeune homo, certes, mais c’est bien plus que cela – c’est l’évocation inégalée d’une époque, de certains milieux, de certains caractères inventés mais qui frappent par leur véracité. D’autres lectrices et lecteurs ont vertement critiqué que le roman est misogyne et homophobe. Qu’on ne me comprenne pas de travers – ce sont deux choses qui me dégoûtent, qui me révoltent, et que je ne supporte pas. Et il est vrai que j’en ai trouvé des relents, des exemples flagrants parfois, dans ce livre. Mais je me garderais d’en faire le procès à Vidal. Car ce serait anachronique. Dans un roman écrit en 1946, je vais en trouver un petit peu partout, si tant est que l’auteur ait pour but de dépeindre la vraie vie qui l’entoure. Même le protagoniste et ses amants, d’ailleurs, expriment par endroits leur mépris pour les homos. L’homophobie internalisée existe encore de nos jours, alors pensez bien, dans les années 30 et 40 ! Le scandale de ce livre résidait d’ailleurs dans le fait que le héros en soit un, de héros ; qu’il soit un homme, un vrai, un viril, mais un homme viril et homo, sans se cacher, sans demander pardon pour exister, sans se croire plus bas que tout dans la hiérarchie des humains.

Donc, oui, je trouve que certaines critiques étaient injustifiées. Mais peu importe – moi, j’ai adoré sincèrement. Lire ce livre, qui est sans doute un des meilleurs que j’aie lus ces derniers temps, c’était comme regarder un film sur cette époque charnière entre crise de 29 et après-guerre joyeux. À côté de l’homosexualité du protagoniste et de pleins d’autres caractères, d’autres thèmes sont évoqués avec brio : l’insouciance de la jeunesse, ses craintes et espoirs, ses déceptions, ses trouvailles, ses angoisses, ses moments de grand ennui aussi. Même si je n’ai pas forcément aimé Jim (surtout à la fin), j’ai aimé la façon de laquelle son histoire m’a été offerte, presque comme un bijou dans son écrin de velours. Je ne puis me prononcer sur la version française, ayant lu la VO. Mais cette dernière m’a séduit par le langage si envoûtant de Gore Vidal, que j’ai hâte de retrouver dans un autre de ces ouvrages. Après avoir éliminé le restant (toujours assez conséquent) de ma PAL, en revanche.

Infos (VO)

Je vous donne ici les infos de l’édition que j’ai lue, plus la date de publication originale
Auteur : Gore Vidal
Titre : 
The City and the Pillar
Publié par : Abacus
Publié le : 2 octobre 2025 (original : 8 janvier 1948)
Genre(s) : Littérature, roman initiatique
Pages : 
242
Disponible en : Broché & ebook
Lu par : 
ParisDude
Lu en : VO anglais
Sensualité : 1 flammes sur 5

Note

5 étoiles sur 5

Où acheter

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