Lot (de ParisDude)


Titre : Lot
Auteur : Bryan Washington
Éditeur : Atlantic Books
Date de parution : 1er août 2019
Genre(s) : Littérature, nouvelles
Pages : 242
Lu par : ParisDude
Lu en VO : Anglais (américain)
Sensualité : 0 flamme sur 5
Note : 5 étoiles sur 5

Synopsis

Stories of a young man finding his place among family and community in Houston, from a powerful, emerging American voice.

In the city of Houston – a sprawling, diverse microcosm of America – the son of a black mother and a Latino father is coming of age. He’s working at his family’s restaurant, weathering his brother’s blows, resenting his older sister’s absence. And discovering he likes boys.

This boy and his family experience the tumult of living in the margins, the heartbreak of ghosts, and the braveries of the human heart. The stories of others living and thriving and dying across Houston’s myriad neighbourhoods are woven throughout to reveal a young woman’s affair detonating across an apartment complex, a rag-tag baseball team, a group of young hustlers, the aftermath of Hurricane Harvey, a local drug dealer who takes a Guatemalan teen under his wing, and a reluctant chupacabra.

Bryan Washington’s brilliant, viscerally drawn world leaps off the page with energy, wit, and the infinite longing of people searching for home. With soulful insight into what makes a community, a family, and a life, Lot is about love in all its unsparing and unsteady forms.

Pour être honnête, j’ai acheté ce livre simplement parce qu’il a remporté le Lambda Literary Award 2020 (les prix Lambda Literary, également appelés « Lammys », sont des prix littéraires américains, décernés depuis 1989 par la Lambda Literary Foundation, pour des œuvres en rapport avec le monde LGBT) dans la catégorie Fiction Gay, et je voulais simplement savoir de quoi il s’agissait (c’est-à-dire pourquoi il avait remporté le prix). La curiosité est un vilain défaut, je sais bien ; mais j’assume. Je m’attendais à lire un roman, j’ai découvert un recueil de nouvelles vaguement liées entre elles, dont la plupart évoluent autour du personnage central de Nicolás. Il vit dans un quartier pauvre de Houston, Texas, avec sa mère, son frère Javi, sa sœur Jan et son père. Nicolás grandit dans un environnement de précarité, de violences et d’absences ; dès son plus jeune âge, il est obligé d’aider sa mère dans le petit restaurant familial. Sa sœur est souvent absente, obnubilée par l’idée de se sortir de sa condition morne ; son père a une liaison avec une autre femme et, la plupart du temps, n’est tout simplement pas là non plus ; son frère Javi gagne quelques sous en tant que trafiquant de drogue et pense qu’il doit éduquer son petit frère en lui tapant dessus – il essaie d’ailleurs de s’en sortir en rejoignant l’armée, mais meurt rapidement dans un accident. Nicolás découvre très tôt qu’il est gay et qu’il ne veut pas s’engager sur le plan émotionnel, craignant que les gens ne finissent encore par le quitter ou par le blesser davantage. Il apprend aussi qu’être pauvre et grandir « entre deux mondes » – sa mère est black, son père latino, donc il est considéré un peu comme un intrus par les deux groupes – est un lourd fardeau.

Son histoire, qui est racontées à la première personne, est entrecoupée par d’autres intrigues secondaires qui se déroulent toutes dans l’une des innombrables parties de la ville (j’ai dû consulter Google Maps pour avoir un aperçu des quartiers mentionnés). Houston est l’un des éléments centraux qui rassemble toutes ces histoires ; l’autre est un langage brute et cru. Ce n’est pas un roman « feel good » teinté de rose avec enchevêtrements romantiques et fins heureuses, mais plutôt un voyage difficile dans des endroits dans lesquels la littérature contemporaine ne s’aventure pas souvent : les tréfonds mêmes des conditions sociales néfastes dans lesquelles de grandes parties de la population américaine vivent, invisibles, inentendues, dans l’indifférence presque générale. Ce livre est un miroir nécessaire pour ceux qui disent : « Quand on veut, on peut », une de ces phrases à l’emporte-pièce qui n’est qu’une autre façon d’éviter de regarder la réalité en face, une autre manière de se soustraire à toute responsabilité envers les plus démunis.

Oui, en grande partie, c’est un livre sombre. Les jurons, les drogues, la violence, les meurtres, les trahisons, les espoirs perdus abondent. Les dialogues sont souvent dépourvus de contenu significatif ; ils sont également dépourvus de guillemets comme pour signaler l’absence de différence entre le monde intérieur et extérieur. Et pourtant, Bryan Washington sait s’y prendre avec les mots, il les utilise puissamment, les maniant parfois avec une poésie triste, parfois comme des armes, mais toujours avec un tranchant, toujours avec une grande justesse. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la colère sous-jacente et, plus fortement, les émotions au-delà de la colère : la tristesse et la fatigue, le désespoir de gens qui ont été abandonnés et qui ont du coup intériorisé ce que le consensus général décrète et croient que l’on est ce que l’on mérite d’être, que certains sont riches parce qu’ils le méritent, et d’autres pauvres parce qu’ils ne font tout simplement pas assez d’efforts. Ce livre n’est pas une accusation ouverte et cheap ; c’est un peu comme un cri sourd disant au lecteur qu’il existe un système profond aux États-Unis – et que ce système profond n’est pas du tout ce que les gens prétendent, mais un courant sous-jacent qui fait tenir le pays debout. On pourrait appeler cela de la cécité sociale, on pourrait appeler cela de l’autosatisfaction, on pourrait appeler cela de l’égoïsme sans remords.

J’ai été happé par ce livre, par la richesse de l’écriture, par la narration qui oscille entre l’intrigue principale et les intrigues secondaires. Bien que le personnage principal ait une forte tendance à la passivité (il se sent trop fatigué pour protester, trop épuisé pour se rebeller), je l’ai trouvé très attachant, et j’étais heureux de détecter (peut-être à tort) une lueur d’espoir à la toute fin du livre. Je comprends parfaitement pourquoi le Prix Lambda a été décerné à ce livre et à cet écrivain. Bryan Washington est une voix forte dans le cosmos de la littérature contemporaine, un jeune homme qui, j’en suis sûr, a encore beaucoup de choses importantes à nous raconter.

Sur Amazon Sur GoodReads

Exemplaire lu

Nous avons acheté un exemplaire de Lot.

Auteur

Né au début des années 70, j’ai grandi dans un petit village en Autriche. À 18 ans, j’ai migré à Vienne pour faire mon master en sciences politiques, français et espagnol. Aujourd’hui, je vis à Paris avec mon copain et travaille comme graphiste. Pendant mon temps libre, j’écris, je lis, je mitonne de bons petits plats, je prends des photos et je pars en voyage dès que je peux (en Italie, au Portugal, au Maroc, en Égypte, au Royaume-Uni et autres). Mes goûts littéraires sont éclectiques, allant de romans fantastiques et polars en passant par des romances gay jusqu’aux romans dystopiques. Mais je ne dirai pas non à un recueil de poésie ou un bon livre sur l’histoire non plus. Je suis plutôt le genre à porter un sweatshirt à capuche, une paire de jeans et des baskets qu’un costume et une cravate. À ce jour, j’ai publié plusieurs collections de nouvelles et de poèmes en anglais. Mon premier roman policier « Le cercueil farci », dans lequel je présente Damien Drechsler et le fringant étudiant Nikos, est paru en décembre 2018. Les versions anglaise et allemande sont également disponibles. Actuellement, je travaille sur la suite des aventures de Damien Drechsler. Sous mon pseudonymé "ParisDude", j’écris des critiques littéraires sur ce site, mais également en anglais sur le site "Rainbow Book Reviews". Plus d'informations sur mon site http://www.dietermoitzi.com

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