Volte-face (de ParisDude)

Synopsis

Marie s’est trompée d’amour. Mari dévalorisant et brutal, elle s’éteint auprès de Franck qui ne voit en elle que la future mère de ses enfants. Sa belle-sœur et amie de longue date, Hélène, est victime d’un accident de la circulation. Les sentiments tendres qu’elles avaient tus, et que Marie déniait, s’embrasent. Les deux jeunes femmes se battent pour défendre leur droit d’accéder au bonheur.

Ce nouveau roman de Luce Buchheit aborde la difficulté de braver les interdits d’une société normative et patriarcale.

Notre avis

Marie, jeune infirmière, est mal dans sa peau et mal dans sa vie, qui pourtant semble très confortable vue de l’extérieur. À vrai dire, elle s’ennuie dans sa belle villa blanche, dans son existence toute tracée mais blanche, elle aussi, et sans saveur. Récemment, elle s’est mise à boire. Elle fume comme un volcan juste avant l’éruption. Son mari Franck, médecin dans la même clinique où elle travaille, elle l’a connu voilà une dizaine d’années pendant les études par le biais de sa meilleure amie Hélène, la sœur de Franck.

Ah, Hélène… Hélène avait voulu devenir médecin, mais son père (incidemment chirurgien dans la même clinique – décidément, c’est une affaire de famille) avait décrété que ce n’était pas un métier pour une femme et qu’infirmière serait le bon choix pour elle. Par ailleurs, les relations entre Hélène et les autres membres de sa famille sont délétères – la jeune femme est, malgré une grande douceur apparente, trop indépendante à leur goût. Puis, les autres ont dû deviner qu’elle aime les femmes. Ou plutôt, au lieu de parler d’amour pour les femmes, il faudrait parler de Marie. Car c’est elle qu’Hélène a toujours aimée, à laquelle elle a renoncé quand celle-ci s’est mariée. Elle a essayé de cacher ses sentiments tant bien que mal derrière une expression de profonde amitié, a toujours été là pour l’épauler, la soutenir, la conseiller.

Marie, sentant elle aussi que l’amour d’Hélène dépasse une simple amitié féminine, l’a « remerciée » en étant tour à tour revêche ou méchante ou ignorante alors qu’elle savait que cette femme était son plus précieuse alliée, son meilleur rempart et sa meilleure béquille dans la vie. Mais sans se l’avouer, ses propres sentiments pour Hélène l’ont trop troublée, si bien qu’elle a préféré se voiler la face. Tout comme elle s’est complu dans son rôle de femme soumise à un mari égocentrique et ultra-macho qui, quand il ne la dénigre pas, tente de la modeler à l’image qu’il se fait de la femme parfaite. Marie résiste autant qu’elle peut, se rendant ainsi de plus en plus malheureuse. Ce sont de petites choses : elle ne lui donne pas le fils dont lui et sa mère rêvent ; elle ne fait pas toujours ce qu’il lui demande ; et même son alcoolisme est une sorte de fuite, d’évasion à son emprise.

Puis, Hélène a un grave accident de la route, et le petit train-train triste et destructeur de Marie s’écroule. Ce drame l’oblige à regarder en face le piteux état de sa vie et de ce qu’elle en a fait – de ce qu’elle a permis à d’autres d’en faire, surtout. Et elle s’oblige également à affronter la vérité : qu’Hélène est et a toujours été dans son cœur, bien plus qu’une simple copine.

Je l’avoue tout de suite, j’avais quelques réticences à lire ce roman. Non pas à cause du sujet que l’on subodore quand on lit le résumé – la maltraitance d’une femme – ni parce que ce n’est pas une histoire M/M mais F/F. Je ne suis pas sectaire pour un centime, j’ai déjà lu des romans F/F avec beaucoup de plaisir, et la tristesse et le sérieux supposés d’un sujet ne me découragent pas non plus. La raison est des plus idiotes : la faute de syntaxe dans la deuxième phrase du résumé. Eh oui, je suis comme ça, et j’assume. J’avais donc surtout peur de me retrouver avec un texte mal fagoté. Je m’en excuse auprès de l’auteure car… ma surprise fut aussi totale que positive. Remarquez, je préfère mes surprises dans ce sens-là plutôt que dans l’autre…

Non, en fin de compte, c’est une très belle histoire, et pas vraiment celle à laquelle je me suis attendu après ma rencontre avec ce résumé. Ce n’est pas le récit d’un homme physiquement violent avec sa femme, mais celui d’une maltraitance insidieuse et lente, d’une domination. Franck n’en est pas moins brutal dans ses actions et ses paroles, mais je reconnais que j’ai du mal à supporter des scènes violentes (que ce soit dans la vraie vie ou dans la fiction, d’ailleurs), et j’ai donc été content de ne pas en voir dans ce roman. D’ailleurs, le roman se focalise sur les feux femmes, non pas sur Franck. Le texte parle de la soumission que famille et société imposent à bon nombre de femmes et l’acceptation tacite par celles-ci parce que l’on ne leur a pas appris à dire non, parce que l’on ne leur a pas montré qu’il y a d’autres possibilités. Hélène le découvre par elle-même, et elle essaie de transmettre ça à son amie, qui reste réticente, sourde et aveugle, jusqu’au moment de l’accident. En fait, ça nous montre habilement que l’on peut trouver du confort dans l’inconfort, que l’on peut aimer le malheur, car lui, il est familier, alors que le changement porte en lui le risque et le côté anxiogène de l’inconnu.

Ce drame sert de catalyseur qui met en branle la prise de conscience de Marie. Ainsi, elle découvre qu’elle aussi sait dire non, qu’elle peut être forte – bien plus forte qu’elle n’aurait soupçonné. L’histoire est définitivement un plaidoyer pour l’auto-détermination des femmes – je souscris à 100% – et pour que l’on leur donne les moyens d’y arriver. Mais même si le roman tourne autour de deux femmes (et des femmes en général), il a une portée plus universelle, car il parlera à tous ceux qui ont vécu une relation toxique, qu’elle ait été violente ou pas.

Deux petits bémols peut-être. Premièrement, j’aurais aimé un traitement plus subtil des personnages. Là où les parents de Marie finissent par être décrits tout en fines nuances, avec une belle évolution, les trois principaux protagonistes ressortent un peu trop en noir et blanc, notamment Franck. Je sais, on va me reprocher de m’intéresser davantage au personnage masculin et au bourreau qu’à la victime, mais tel n’est pas mon propos. Franck est un connard, désolé d’être aussi cru, et loin de moi l’idée que les connards n’existent pas pour de vrai. J’ai aussi compris de par son historique familial pourquoi il l’est comme il est. Mais là aussi, un peu de teintes nuancées ne me l’auraient pas fait apprécier davantage – je ne crois pas que ce soit possible –, mais aurait facilité une meilleure compréhension. Deuxièmement, les dialogues entre Marie et Hélène étaient tellement trempés de grands sentiments, tellement rosis, si j’ose dire, surtout vers la fin, que ça a enlevé un peu de véracité à leurs échanges – je doute que l’on parle comme ça dans la vraie vie.

Mais ce ne sont que de tout petits pinaillages. Loin de toute coloration en rose bonbon, le problème d’alcoolisme de Marie, par exemple, ne disparaît pas par la simple magie de l’amour enfin assumé, à la toute fin du roman. On devine que la jeune femme est sur la bonne voie, mais que le chemin va être long et difficile. J’ai beaucoup apprécié qu’il n’y ait pas eu ce coup d’éponge qui envoie valser tous les obstacles et tous les problèmes une fois que les amoureuses sont l’une dans les bras de l’autre, comme ça peut être le cas dans les romans à l’eau de rose. Non, le roman reste terre-à-terre et laisse juste entrapercevoir la belle lueur de l’espoir, à la fin. Un très bon livre, en somme.

Infos

Auteur : Luce Buchheit
Titre : Volte-face
Publié par : Éditions Elea Bizi
Publié le : 31 décembre 2019
Genre(s) : Romance, Roman F/F
Pages : 238
Lu par : ParisDude
Sensualité : 0 flammes sur 5

Note

4,5 étoiles sur 5

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