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« Cinquante-deux » (de ParisDude)

Synopsis

La mémoire nous construit et nous forge. Les choses que nous vivons et apprenons, les souvenirs que nous nous créons, agréables ou non, font partie de nous.

Ils deviennent notre identité.

Lorsque la peur de l’oubli nous submerge, il est nécessaire de tout faire pour se rappeler ce passé qui nous a construits.

Dans cette quête, ma route va croiser celle de Joshua, un tatoueur bien décidé à encrer mes souvenirs sur mon épiderme immaculé.

Une chose était pourtant impossible à prévoir : le bouleversement que cet homme allait provoquer dans ma vie.

Je déteste les surprises et Joshua en est une assurément. Cependant, cet homme dégage une attraction impossible à refouler, alors, après tout, pourquoi ne pas se laisser porter ?

Notre avis

Je l’avoue, je suis un lâche. Comme je l’ai déjà dit dans ma chronique sur le roman de Dominique Faure, Frédéric – instants de grâce (ma chronique ici), je n’aime pas particulièrement lire les romans d’auteur.e.s que je connais (disons plutôt, ça me met mal à l’aise). Encore moins, en toute honnêteté, quand il s’agit d’auteur.e.s que j’apprécie énormément et dont j’ai vite fait de percer la gentillesse, l’humanité, la grande sensibilité, comme dans le cas de Dominique ou dans le cas présent. Le pire, je pense, c’est quand on ajoute à ça le fait qu’il s’agit d’un premier roman. L’angoisse – et si l’ouvrage était nul, n’ayons pas peur des mots ? La simple idée que je ne pourrais peut-être pas aimer le livre que l’on ma confié à lire me provoque des suées froides.

Je tenais à mettre ce préambule pour vous faire comprendre pourquoi mes doigts tremblaient légèrement quand j’ai ouvert cette romance de S Shade. Avec l’auteure, on a déjà passé d’excellents moments ensemble, partagé des rires, des confidences, on a trinqué, on a échangé longuement sur nos goûts en littérature, etc. Je n’ai pas la prétention de dire que c’est « ma meilleure cops », mais je pense que l’on s’aime bien mutuellement. Et là, son coup de débutante en écriture, si j’ose dire. Pour couper court à tout suspense, je crois que j’étais tranquillisé au bout de la toute première phrase. Je ne risquais pas de devoir dire, la mort dans l’âme, du mal de cet opus. Le reste de la lecture a confirmé que j’aurais même du mal à trouver ne serait-ce qu’un petit truc négatif à dire, tellement j’ai été subjugué par la très jolie plume et la belle histoire que nous offre donc mon amie.

Alors, le pitch, comme on dit. Nous sommes à Annecy. L’histoire commence par une douce scène domestique. Zacharie couche sa petite nièce Lucia, et celle-ci lui réclame une histoire avant de faire dodo. Alors, il raconte celle de son premier tatouage, il était une fois… S’ouvre le long flashback qui constitue le noyau du roman. Retour en 2010, donc. D’abord, il y a cette rencontre anodine entre Zacharie, qui est encore jeune étudiant en fin de parcours universitaire, et Joshua, tatoueur talentueux de son état. Zacharie souhaite se faire poser un dessin sur et dans la peau ; l’adresse de Joshua lui a été soufflé par son frère aîné James, avec qui il vit dans un superbe loft en plein centre-ville. Il pénètre dans le studio de tatouage, où Joshua travaille avec son colocataire, accessoirement le meilleur pote de James. Le premier contact se passe très bien, Joshua fait un dessin, on passe à l’étape du tatouage, et les deux jeunes hommes savent tout de suite qu’ils s’apprécient beaucoup.

D’autres séances de tatouage vont suivre. De fil en aiguille (c’est le cas de le dire), ils commencent à se fréquenter davantage, à faire des sorties, à se découvrir et s’apprivoiser. Ce n’était pas couru d’avance, pourtant. Zacharie a un lourd secret que seuls sa famille, ses meilleurs amis et Alice, la copine de James, connaissent. Ce secret lui provoque régulièrement de sévères crises d’angoisse invalidantes. Il en a même une devant Joshua la première fois qu’ils prennent un verre ensemble. Mais ce dernier n’a pas l’air d’être choqué ou rebuté, pour autant. Par ailleurs, lui aussi a un secret. Il n’est pas (seulement) le jeune homme d’une approche facile, quelque peu désinvolte, mais attentionné et empathique. Il cache, en fait, une histoire familiale qui lui pèse et qui lui demande de se « déguiser » de temps en temps en quelqu’un qu’il n’est pas (plus) depuis fort longtemps.

Une romance vouée à l’échec, me direz-vous ? Comment peut-on construire une histoire valable sans se dire d’emblée tous les coins noirs, sans se montrer tous les tiroirs dissimulés, sans se confier sur ce qui fait de nous nous ? Détrompez-vous. Alors, on est sur le fil du rasoir d’un récit noir et déprimant, peut-être ? Que nenni ! Ici, c’est lumineux, plein d’espoir, plein d’amour et de tendresse, sans fausse sentimentalité, mais avec de très beaux sentiments qui m’ont fait vibrer et m’ont arraché l’une ou l’autre petite larme qui, loin d’être douloureuse, m’a rempli de joie et d’émotion. Et oui, tout comme le papillon que Zacharie se fait tatouer en premier sur sa peau, j’ai eu l’impression d’assister à l’éclosion d’un magnifique papillon – celui d’un amour comme on aimerait tous le vivre – qui va réunir en harmonie deux jeunes hommes que j’ai adorés de tout mon cœur.

On devient bon forgeron en forgeant, n’est-ce pas ? Les premiers romans sont donc souvent casse-gueules. Il suffit que je pense au mien, auquel je trouve bien des défauts, pour hocher la tête avec conviction. Mais dans l’ouvrage de S Shade, je n’ai trouvé aucune de ces hésitations si fréquentes, aucune maladresse, aucune faute de style ou de goût. J’ai même dû attendre d’en être à 15% de ma lecture pour dénicher la première petite faute, et j’étais à la peine d’en trouver davantage (bien sûr, ce roman a été merveilleusement bien relu, ça se voit). L’histoire est solidement construite, le fil de la narration ne se rompt pas une seule fois, il n’y pas de longueurs inutiles ou de raccourcis désolants. Ça coule doucement, naturellement, soutenu par une écriture assurée et belle où les passages poétiques côtoient les dialogues tantôt savoureux, tantôt tendres, mais toujours pris dans le vif. Avertissement à celles et ceux allergiques à un langage trop châtié, cependant : mon Dieu, vous risquez de tomber sur des inversions, et plutôt deux fois qu’une ! (Moi, personnellement, elles font partie de la beauté de la langue française, donc j’adore).

Le sujet du livre n’est pas simplement une rencontre et le parcours de deux êtres tombant amoureux l’un de l’autre, non plus. Ça parle de l’importance de la mémoire, qui fait de nous des humains, qui fait de nous l’humanité, après tout. Ça parle de nos faiblesses, de nos combats, de l’importance d’être entouré et soutenu (ah, James, le grand frère ! il m’a beaucoup rappelé quelle immense chance j’avais d’avoir une sœur tout aussi formidable), et in fine du bonheur de trouver quelqu’un en qui avoir entière et totale confiance, au point de laisser aller, de se laisser aller. J’ai adoré ce livre, franchement, et j’en suis d’autant plus heureux que j’en connais l’auteur.e. Quoi – je me repète, je radote ? Peut-être, probablement même. Mais je suis ravi de connaître une âme si belle qu’elle nous donne là une si belle histoire à dévorer. À espérer que ce ne sera pas la dernière.

Citation

« Même si rien n’est éternel, il y a des éléments plus proches de l’infini que d’autres. »

Infos

Auteur : S Shade
Titre :
Cinquante-deux
Publié par :
 Auto-publié
Publié le :
28 janvier 2023
Genre(s) : 
Romance
Pages :
354
Disponible en : Broché & ebook
Lu par : ParisDude
Sensualité :
3 flammes sur 5

Note

5 étoiles sur 5

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5 commentaires sur “« Cinquante-deux » (de ParisDude)”

  1. Une fort belle chronique pour le premier roman d’une amie que j’ai suivi dans sa conception depuis le tout début et qui a montré un vrai talent d’auteure! Un second se prépare dont j’ai le grand plaisir d’avoir les prémices et c’est quelque chose, j’ose le dire, de sensationnel! A suivre!

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